À l'ombre des élus municipaux, ce sont elles qui abattent le gros du travail une fois les décisions entérinées par le conseil. Un rôle central, crucial qu'on leur accorde surtout en raison de leur rigueur et de leur polyvalence toutes féminines. Mais pas toujours reconnu à sa juste valeur.
«C'est en effet un poste ''multi-tâches'', admet la dg et secrétaire-trésorière de la municipalité de Roxton Falls, Julie Gagné. Il n'y a pas de formation qui existe pour ça. Moi, par exemple, j'étais technicienne en gestion de bureau. J'ai appris sur le tas. On a aussi des formations, des colloques, des congrès de l'Association des directeurs généraux du Québec. Et j'ai une belle équipe.»
Un bon esprit de synthèse, le courage de ses opinions et le goût du défi lui ont permis de faire son chemin dans ce milieu pas toujours facile. Et heureuse coïncidence, sa première chance, c'est une femme qui la lui a donnée: l'ancienne mairesse de Roxton Falls, Monique Champigny.
À l'emploi de la municipalité depuis 15 ans, la jeune femme a petit à petit réussi à imposer le respect. «En vieillissant, on est davantage prise au sérieux. Au début, c'était plus difficile», glisse-t-elle. Aujourd'hui, son ancienneté (et sa mémoire) lui donnent un sérieux avantage: elle est devenue une référence à l'hôtel de ville dans plusieurs dossiers.
«C'est beaucoup de stress. On dirait que les gens n'ont pas toujours conscience de l'ampleur de nos responsabilités, souligne pour sa part Dominique St-Pierre, dg et trésorière à la Ville de Saint-Pie depuis 2001. Ça demande du leadership et une grande implication. C'est un job difficile physiquement et mentalement. Ça prend un caractère fort pour ne pas se laisser atteindre. Il ne faut jamais rien prendre personnellement.»
Cela dit, la dame semble parfaitement à l'aise dans son rôle. Comme son homologue de Roxton Falls, elle est entrée à l'hôtel de ville il y a une dizaine d'années avec en poche un cours en secrétariat général et une grande aptitude en comptabilité. Au fil des ans, elle a pris du galon, jusqu'au haut de l'échelle municipale. Interrogée sur son statut de femme évoluant dans un milieu assez traditionnel, Mme St-Pierre croit que les choses ont évolué, mais qu'il y a toujours «un petit doute qui plane» chez les membres masculins du conseil municipal. «Le message ne passe pas tout le temps.»
Arrivée en poste à seulement 26 ans, Me Marie-Claude Choquette a eu, elle aussi, à prendre sa place à titre de dg et secrétaire-trésorière à la municipalité de Rougemont. «Parce que j'étais jeune et que j'étais une femme, j'avais une triple preuve à faire, croit l'avocate. Mais je crois qu'une fois qu'on a gagné la confiance des élus, c'est plus durable.»
Du pain sur la planche
Devant l'ampleur de la tâche de plus en plus lourde en raison des nombreuses exigences gouvernementales elles oublient bien souvent de compter leurs heures. Surtout quand se pointe la fin de l'année, et le début de l'autre, avec les budgets, les états financiers, la planification et la mise à jour des projets... «On a parfois un petit creux en été... à moins qu'il y ait de gros travaux d'infrastructures à mener», raconte Julie Gagné, en avouant que la conciliation travail-famille (elle est maman de deux jeunes enfants) demeure pour elle ce qu'il y a de plus difficile à gérer.
La période la plus intense, explique quant à elle Dominique St-Pierre, s'étend de septembre à mars. «Après, on récupère les dossiers qu'on n'a pas eu le temps de traiter.»
Et ajoutez à cela l'obligation de répondre à plusieurs patrons (les membres du conseil municipal) qui peuvent changer aux quatre ans! «Je vous dirais que ça prend environ six mois d'adaptation. C'est vrai qu'il faut repartir du départ avec les nouveaux-venus, mais ça amène aussi un vent de changement», fait remarquer Mme St-Pierre.
«On est toujours pris en sandwich entre les élus et les employés. Ça demande du temps et de la patience», note pour sa part Marie-Claude Choquette, en soulignant le degré de responsabilités qui accompagne ce poste. «Mais je vois beaucoup plus de côtés positifs que négatifs. C'est plein de variété et de défis. On apprend chaque jour. La clé dans le monde municipal, c'est d'avoir la passion.»
Les directrices générales interrogées par La Voix de l'Est le sont souvent devenues après des années de travail au sein de leur municipalité. La plupart ont acquis le poste à coup de volonté et d'expérience.
Cette tendance se confirme quand on observe les statistiques compilées par l'Association des directeurs municipaux du Québec, qui regroupe les gestionnaires des petites et moyennes municipalités de la province. En 2008, parmi ses 1106 membres, 70% étaient des femmes et 65% avaient entre 43 et 62 ans. Cinquante-huit pour cent des membres étaient à l'emploi de leur municipalité depuis plus de 10 ans. Au plan de la formation, la grande majorité (71%) possédait un diplôme secondaire ou collégial. De façon générale, ceux-ci cumulent à la fois les responsabilités de directeur général et de secrétaire-trésorier.
Plus des deux-tiers de ces directeurs et directrices étaient à la tête de municipalités de moins de 2000 habitants.
Écart salarial
Bien que les dg d'ici se considèrent toutes bien traitées par leur employeur, l'une d'elles fait remarquer que l'écart salarial demeure encore significatif entre les directeurs généraux et les directrices générales de la région. Et elle n'a pas tort.
Comme pour l'ensemble du Québec, la zone Valmont dont font notamment partie les MRC Acton, Brome-Missisquoi, Haute-Yamaska, Rouville et les Maskoutains n'échappe pas au phénomène: non seulement les dg masculins sont beaucoup moins nombreux que leurs collègues féminines dans les petites villes, mais ils sont également bien mieux rémunérés.
Alors que la majorité des hommes (un peu plus de 66%) y gagnent entre 45 000$ et 55 000$ par année aucun d'eux ne reçoit moins de 45 000$ , la plupart des femmes (62,5%) reçoivent un salaire de 45 000$ et moins. À travail égal, salaire égal? Pas dans le cas de toutes les «dégères», de toute évidence.
«Dans les petites municipalités, le salaire n'est pas proportionnel au niveau de responsabilités, autant chez les hommes que chez les femmes, même si les hommes se débrouillent mieux», observe Me Marie-Claude Choquette, de Rougemont.












