Depuis juillet, au moment où elle a appris que tout espoir de guérison de son cancer des ovaires était éteint, Nancy Mawn, une Granbyenne de 48 ans, a beaucoup pensé à créer des instants de magie pour apaiser la douleur de son clan.
Voyage en Italie avec son amoureux, au Mexique avec sa fille et sa petite-fille, et bientôt en Jamaïque. Pour ne pas laisser l'empreinte «de son dernier Noël» dans la maison où elle vit avec son conjoint et leur fils de 13 ans, elle a loué un grand chalet où ils ont pu fêter en gang.
«Du 24 décembre au 6 janvier, on était jusqu'à 12 à coucher au chalet. C'était génial. Tout le monde qui voulait être là était là et ça laisse des bons moments.»
Le bonheur, c'est aussi de passer du temps avec une amie dans le spa alors que la neige se met à tomber.
Même les mauvaises journées, alors qu'elle est allongée et souffrante, il y a des bons moments. Comme celui où elle a demandé à son fils de 13 ans, Kaël, de venir la voir dans sa chambre. «Je vais t'expliquer une chose très importante. Un garçon, il faut que ça sache dormir en cuillère.» Quand il se sentira bien dans cette position avec une femme blottie contre lui, c'est qu'il aura trouvé la bonne, lui a-t-elle dit.
Accueillir
Nancy Mawn a toujours vécu le moment présent. Maintenant plus que jamais. «Si mon chum me demande: on vas-tu prendre un petit thé, c'est le party. Un bain tourbillon, avec un petit verre, c'est le top.»
Elle n'a pas de temps à perdre avec la colère. Lorsqu'on lui dit: c'est terrible de mourir si jeune, elle répond, c'est effrayant comme j'ai eu des années de bonheur. Je ne mérite pas ça? Personne ne mérite ça, répond-elle du tac au tac.
Nancy Mawn n'est pas révoltée. Elle ne se bat pas, elle accueille.
«Si dans la vie, on accepte d'accueillir tous les moments de bonheur, il faut aussi accepter l'envers de la médaille. Sinon, ça ne fait pas de sens», dit-elle.
«Mourir, ce n'est pas la fin du monde, c'est la fin de mon monde», ajoute-t-elle.
Sa consolation: elle ne connaîtra plus jamais la douleur immense de perdre un enfant. Elle a traversé ce calvaire lorsque son fils Jérémy s'est suicidé alors qu'il était âgé de 14 ans. Il en aurait 29 aujourd'hui.
«J'aime bien mieux mourir que de voir un autre de mes enfants mourir. Il n'y a rien de pire que ça dans la vie», retient-elle.
Le choc
Accueillir la mort fut toutefois un long processus, qui s'est échelonné sur des années. Mme Mawn se souvient encore du moment où elle a appris que la masse qu'on lui avait enlevée était cancéreuse. C'était en 2005. «C'est comme si j'étais couchée dans le bain avec les oreilles pleines d'eau. Je ne retenais rien de ce qu'on me disait. C'était trop gros.»
Pour cette femme énergique, qui a toujours mené une vie saine et très active, menant de front carrière et vie de famille pendant de nombreuses années, c'était un choc.
La douleur avait succédé à un inconfort relié à la digestion . «Je dois avoir le foie engorgé», se disait-elle. Quand elle s'est rendue à l'hôpital, elle sentait une masse dans son ventre, comme une tête de bébé. Autour de la masse principale, il y avait des ramifications. La maladie s'était étendue au foie, à l'intestin et au péritoine.
«C'est une maladie qu'on ne guérit pas facilement. Quand on commence à avoir des effets, c'est parce que le cancer est très avancé», indique Mme Mawn. Elle précise que 15% des gens dont le cancer est diagnostiqué à un stade avancé survivent.
Pendant ces quatre années, il y a eu des souffrances, des hospitalisations en soins palliatifs où elle a assisté à la mort de cochambreurs. Mais il y a aussi eu du bonheur. Et une rémission qui a duré huit mois.
«Quand j'ai commencé à être malade, j'ai fait des listes de petits bonheurs pour les jours où je serais très en forme, moyennement en forme, et pas en forme», rappelle-t-elle.
«Parfois le petit bonheur, c'était juste de prendre un bain ou d'aller prendre un café avec une amie. C'était très aidant.»
C'est en juillet que son médecin lui a dit que tous les traitements avaient été tentés et qu'il n'y avait plus rien à faire. Elle lui a demandé: combien de temps lui restait-il? Il ne lui a pas répondu. Elle a fait ses recherches: six mois à un an. «Ça a fait six mois en novembre», lance-t-elle avant d'ajouter: «Je suis très ouverte aux miracles.»
Affronter la mort
Sachant qu'il n'y avait plus de guérison possible, Mme Mawn s'est préparée. Elle a suivi un cours au Diapason (en accompagnement en fin de vie), pour savoir très bien ce qui l'attendait.
«J'ai runné ma vie toute seule. J'ai ma drive. Mais mourir toute seule, je ne suis pas capable. Je suis partie en cabale. Et j'ai fondé mon équipe en fin de vie pour ne pas brûler personne», raconte-t-elle.
Elle a fait ses préarrangements funéraires. Écrit sa notice nécrologique au «je». Commandé sa photo. «J'ai encore l'énergie pour le faire. Quand je vais devoir prendre beaucoup de morphine, ma to do liste va être barrée.»
«C'est très bizarre, accepter qu'on va mourir, poursuit-elle. Mais j'accepte. Ce n'est pas comme ça que j'aurais aimé que ça se passe. J'espère juste voir le nouveau bébé (sa fille doit accoucher en juillet). Si j'ai cette chance, ce sera le plus beau cadeau de toute mon existence.»











