Lorsqu'il est question d'un incendie criminel, il y a une distinction à faire entre l'incendiaire et le pyromane, précise la criminologue de l'Institut Philippe-Pinel de Montréal.
Le pyromane est habituellement un homme adulte qui devient anxieux lorsqu'il pense au feu et il va sentir une pulsion, parfois sexuelle. «Le pyromane est mal dans sa peau et va mettre le feu à des objets qui traînent», explique Mme Toutant, ce qui signifie qu'il n'a pas de cible préétablie.
Une fois le brasier allumé, la tension diminue chez lui. «Mais c'est un cycle qui recommence», précise la spécialiste. «Habituellement, un pyromane ne s'arrête pas», enchaîne-t-elle, en estimant qu'il est peu probable qu'il prenne de longues pauses entre chaque feu.
Par son geste, le pyromane qui se pense petit prouve qu'il est puissant, qu'il est grand. Habituellement, il retourne sur les lieux du sinistre lorsqu'il entend les sirènes des secouristes pour observer «l'événement grandiose qu'il a généré» et en jouir, dit la criminologue.
Incendiaires
Pour les incendiaires, il en existe différents types. Ils agissent soit pour l'argent, par vengeance, soit pour exécuter un contrat, pour cacher un délit ou encore parce qu'ils sont psychotiques.
Un incendiaire peut allumer un feu pour en obtenir un bénéfice. Il s'agit généralement d'un adulte ou d'un groupe d'adultes qui veut détruire ses biens pour récolter le fruit des assurances, explique Cécile Toutant. Il touche autant les propriétaires d'une résidence privée qu'un commerçant ou une industrie.
À titre d'exemple, une personne qui veut une nouvelle cuisine provoquera volontairement un feu de cuisson pour l'obtenir. Autre exemple: un commerçant mettra le feu à son inventaire de vêtements pour obtenir la plus récente collection, cite celle qui travaille à l'Institut Philippe-Pinel depuis 40 ans.
L'incendiaire qui agit par vengeance peut autant être un homme qu'une femme, adulte ou adolescent. «Ce sont habituellement des gens qui ont été des victimes et ils ont le goût que quelqu'un paie pour ça», explique la criminologue.
Par exemple, un adolescent qui est la cible de moqueries à l'école a déjà mis le feu chez des personnes qu'il n'aimait pas et qui l'ont dénigré. Ou encore, une maîtresse dont l'amant part en voyage sans elle brûlera sa maison pendant son absence, raconte la spécialiste.
Un autre type d'incendiaire, dit «la torche», remplit un contrat. Dans ce cas, il s'agit souvent d'un individu déjà délinquant qui est engagé pour allumer un incendie à un endroit précis.
Et l'incendiaire qui agit pour cacher un délit le fera surtout pour un crime grave. «Il est déjà arrivé qu'on arrive sur une scène d'incendie et une personne était décédée. Plus tard, il réalise qu'elle était morte avant l'incendie, donc l'incendie a été allumé pour le camoufler», explique la dame.
Enfin la personne psychotique a un comportement compulsif. «Il a un mandat de purification, dit Cécile Toutant. Par exemple, il va mettre le feu et il le dit parce que c'est un geste qu'il devait poser.»
Questionnée sur les différents incendies qui ont éclaté à Granby depuis sept mois, la spécialiste estime que «rien ne nous dit que c'est la même personne» et que plusieurs éléments doivent être pris en considération.
«Est-ce que quelqu'un copie le modus operandi?» se questionne-t-elle.











