Les Élevages B & F Boulay évitent la faillite

Michel Laliberté

Michel Laliberté
La Voix de l'Est

(Saint-Césaire) Les Élevages B& F Boulay pourront continuer de produire des porcs. Leurs créanciers non garantis ont majoritairement accepté de passer l'éponge sur les 6,6 millions de dollars que l'entreprise de Saint-Césaire leur doit. Ils se contenteront collectivement de 538 000$.

Ils recevront tous d'ici un mois un chèque de 500$. Ce qui reste leur sera distribué proportionnellement selon le montant de leur créance en deux versements, le premier trois mois après la ratification de l'entente par un juge de la Cour du Québec, le second le 30 novembre. Le deuxième versement n'est cependant pas garanti, a dû reconnaître le syndic responsable du dossier, Benoit Fontaine, de la firme Raymond Chabot.

 

La crise qui secoue l'industrie du porc, jumelée aux primes réduites de l'assurance stabilisation, a acculé les Élevages B& F Boulay au mur. Ces difficultés sont à la source de la dette de 14,3 millions de dollars de la compagnie des frères Bruno et François Boulay. Incapables de redresser la situation, ils ont placé en janvier leur entreprise sous la protection de la Loi sur la faillite et l'insolvabilité.

Près de la moitié des 120 créanciers des Élevages B& F Boulay, dont maints producteurs de porcs et de céréales, a assisté à l'assemblée en après-midi, hier. Plusieurs questions ont été posées pour tenter de comprendre le gouffre dans lequel l'entreprise est plongée.

Ses états financiers démontrent qu'elle est sur une pente descendante abrupte depuis 2007. «Pourquoi ne pas avoir pris des mesures pour vous sortir de là?», a lancé un des créanciers.

Tous les efforts ont été déployés, a assuré Bruno Boulay, assis aux côtés de son frère et des experts embauchés pour sortir leur entreprise du pétrin. Malgré des améliorations en termes de contrôles budgétaires, d'une baisse de la mortalité des animaux, d'une amélioration de la production et d'une baisse des inventaires, la crise rendait un redressement impossible.

«Le lard est à terre. Ça fait quatre ans que les producteurs produisent à perte. L'industrie est excessivement malade et rien ne se fait», a insisté M. Boulay, jetant une grande partie de la responsabilité au gouvernement provincial et à la Fédération des producteurs de porcs du Québec.

La BNC montrée du doigt

La Banque Nationale, principale prêteuse de l'entreprise avec une créance garantie de 5,9 millions de dollars, a été montrée du doigt. «Comment a-t-elle pu laisser l'entreprise accumuler autant de créances non garanties sans intervenir?», a demandé un autre participant.

D'autres ont blâmé les Boulay de ne pas avoir emprunté le chemin d'une médiation avec leurs créanciers avant de laisser l'affaire être réglée d'une manière accélérée. Et certains se sont étonnés qu'aucune évaluation agréée des avoirs de l'entreprise n'ait été effectuée.

Enfin, au terme de l'assemblée, en dehors de la salle, des participants ont dit soupçonner une forme de collusion entre la Banque Nationale, le syndic et l'entreprise pour grossir la liste des créanciers de moins de 500$ avant la tenue du vote sur la proposition. Il faut dire qu'avant même l'assemblée, le syndic avait reçu les bulletins de vote de 88 créanciers. Ceux-ci avaient accepté l'offre dans une proportion de 84%. Le vote à la fin de l'assemblée n'était donc qu'une formalité.

Et l'avenir?

Que réserve l'avenir aux Élevages B& F Boulay?

L'un des coactionnaires, François Boulay, est confiant de voir l'entreprise remonter à la surface. Son plan est de percer le marché de la vente au détail en transigeant directement avec des épiceries. Cela lui permettra, croit-il, de hausser ses revenus en éliminant des intermédiaires.

Les porcs vendus sur ce marché auront été élevés sans recours à des antibiotiques et des facteurs de croissance, d'expliquer M. Boulay. Des produits de l'entreprise sont déjà sur les tablettes de magasins de la région. «On est rentrés là depuis la mi-janvier. C'est très intéressant pour nous», a-t-il dit.

À moyen terme, plus de 50% des produits de la compagnie seront vendus via cette filière.

Cette nouvelle orientation d'affaires fait que l'entreprise produira beaucoup moins de porcs. Elle a entrepris de réduire sa production de 60%, passant de 100 000 porcs par année à 40 000.

michel.laliberté@lavoixdelest.qc.ca

 

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