Un peu plus d'une centaine de citoyens provenant principalement des huit villes entourant Bedford se sont réunis afin d'en savoir davantage sur le projet de parc éolien de 25 mégawatts qui pourrait être érigé dans cette région au cours des prochaines années. Et après avoir silencieusement écouté la présentation des membres du comité provisoire formé en prélude d'une future coopérative, les mécontents (majoritaires) se sont fait entendre. Chaque intervention réfractaire au projet étant suivie d'une vague d'applaudissements.
Une certaine inquiétude, sinon de la colère, a transparu à travers les tours de parole. Plusieurs d'entre eux évoquaient le projet similaire qui avait été élaboré en 2007; à l'époque, un parc de 46 mégawatts (31 éoliennes) avait été présenté à Hydro-Québec, et s'était buté à une forte opposition. Malgré une ébauche plus humble cette fois-ci (12 éoliennes), les citoyens ont visiblement encore frais à leur mémoire les événements d'il y a trois ans.
En tête de liste des récriminations apparaît le manque d'information aux citoyens. La réunion d'hier soir a été convoquée à 24heures d'avis à peine, et plusieurs personnes, notamment de Notre-Dame-de-Stanbridge, affirment n'avoir jamais reçu le feuillet annonçant la rencontre. André Pion, producteur agricole instigateur du projet, s'en est excusé, prétextant des problèmes d'organisation.
«C'est étrange, il y avait eu la même erreur en 2007 a ironisé Luce Brault, de Notre-Dame. On dirait que ces choses-là se font en catimini, à la dernière minute. Comment se fait-il que les principaux concernés, les citoyens, soient les derniers à le savoir?»
«En 2007, nous avons formé un comité de citoyens qui a travaillé fort et qui a recueilli 900 signatures contre le projet, a quant à elle rappelé Carole Dansereau, également de Notre-Dame. Quelle ne fut pas ma surprise de constater que ce projet revenait! Vous (les membres du comité provisoire) habitez à côté des gens réunis ici et qui ont travaillé contre ce projet, et jamais vous n'êtes allés les voir. Le comité de citoyens va ressortir sa cavalerie et va être présent au cours des prochains moins, je vous le garantis.»
«On recommence à zéro, et on ne lâchera pas», a-t-elle encore martelé plus tard en entrevue. Déjà, hier, les coordonnées de citoyens intéressés à joindre ce regroupement ont été recueillies, et Mme Dansereau a annoncé que des rencontres seraient sollicitées avec les élus ainsi qu'avec la population afin de faire le point sur ce dossier. Des liens seront également tissés avec d'autres régions qui ont vécu des situations similaires.
Outre ces éléments, l'impact sur la santé des résidants à proximité des éoliennes a aussi été soulevé, certains citoyens citant des études d'impact sur des troubles du sommeil chez les personnes qui demeurent près de ce type d'installations.
Délais
Des questions ont en outre été posées par rapport à la date tardive de la réunion d'hier (24 février), sachant que la cible pour le dépôt de l'offre de la coopérative Vents Rivière-aux-Brochets a été fixée au mois de mai. Certains ont également déploré que le sujet n'ait fait partie du programme d'aucun candidat aux élections municipales du 1er novembre, même si les municipalités étaient au fait du dossier depuis l'automne.
«Des discussions ont déjà eu lieu avec des investisseurs et des fabricants, mais ça ne servait à rien de se rendre à la population sans l'appui des municipalités», s'est défendu André Pion après la réunion, notant que sept des huit villes touchées (Notre-Dame s'étant abstenue) avaient donné leur aval à la formation d'une coop qui se pencherait sur le projet.
M. Pion a également eu à répéter à plus d'une reprise au cours de la soirée que ce projet n'était pas le point de départ vers un autre appel d'offres plus imposant d'Hydro-Québec. Un citoyen a par ailleurs demandé s'il était techniquement possible qu'une coopérative fasse faillite et que les éoliennes soient ultimement rachetées par une entreprise privée, ce à quoi n'a pu qu'acquiescer Alain Saint-Jacques, responsable des services-conseils à la Coopérative de développement régional de la Montérégie et membre du comité provisoire. Celui-ci a tout de même ajouté que les coopératives avaient un plus grand taux de survie à long terme que les entreprises privées au Québec.
Au total, seulement deux citoyens ont appuyé le projet au cours de l'heure qu'a duré la période de questions et de commentaires.
Auparavant, MM. Pion et Saint-Jacques avaient rappelé la nature du projet et de ses impératifs, à savoir la collecte de 60 millions$, financés au tiers par une coopérative. À terme, des redevances annuelles de 60 000$ seraient redistribuées aux municipalités pour des projets locaux d'ordre social.
Les prochains défis du comité provisoire sont essentiellement de constituer la coopérative et d'en recruter les membres, après quoi des études d'impact (notamment sonore) seront commandées et le financement mis en branle. Une prochaine réunion d'information pour la population sera tenue au courant du mois de mars.










