«Je pensais qu'elle était consentante»

Accusé d'inceste par sa fille Claire, Gérard Catudal... (photo Janick Marois)

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Accusé d'inceste par sa fille Claire, Gérard Catudal a admis sa culpabilité, hier, au palais de justice de Granby.

photo Janick Marois

Marc Gendron
La Voix de l'Est

(Granby) «Je pensais qu'elle était consentante. Les deux premières fois, je lui ai demandé si elle voulait, mais elle ne m'a jamais répondu. C'est quand elle en a parlé à sa mère que je me suis rendu compte qu'elle ne voulait pas.»

Gérard Catudal, 76 ans, accusé d'inceste par sa fille Claire, âgée de seulement 11 ans au moment des faits reprochés, a admis hier sa culpabilité devant le juge François Marchand de la cour du Québec.

 

S'il a admis la nature de ses gestes, commis selon l'acte d'accusation entre le 11 mars 1962 et le 10 mars 1965, le résidant de Saint-Charles-sur-Richelieu a plaidé n'avoir eu de relation complète avec sa fille, l'aînée d'une famille de huit enfants, qu'à seulement trois reprises.

«La troisième fois, je suis allé un peu plus loin, sans faire exprès. Avec la longueur que j'ai, je faisais toujours attention. Après cette fois-là, elle est allée en parler à sa mère.»

Dans les souvenirs de M. Catudal, les trois relations incestueuses qu'il a admises se sont toutes produites dans une période d'environ un mois et demi, en 1963. Il aurait alors passé beaucoup de temps dans l'atelier de son employeur, où il exécutait de petits contrats de carrosserie en dehors des heures d'ouverture.

Après avoir eu une première relation sexuelle avec Claire dans sa voiture, sur un chemin de terre de la région de Granby, il aurait récidivé sur la banquette arrière d'une voiture stationnée dans le garage de son employeur, derrière un immeuble de la rue Principale à Granby, où il était seul avec elle.

La troisième fois, profitant de l'absence momentanée de deux autres de ses enfants, il aurait entraîné Claire dans le «pit», le puits servant à effectuer des réparations sous les automobiles, pour y avoir une autre relation complète.

«Mais je ne suis jamais venu dedans, a-t-il tenu à préciser, c'était trop dangereux.»

«Je me suis toujours demandé pourquoi j'avais fait ça. C'est pas dans mes habitudes. Mais je n'ai pas encore trouvé de réponse», a-t-il enfin déclaré.

Témoignages divergents

Claire Catudal se souvient bien de ces trois agressions.

«La première fois, c'était dans sa voiture. On revenait d'une visite chez une tante. Je m'en souviens parce que c'était le jour de mon anniversaire et du sien.»

C'était le 11 mars 1962, soutient-elle. Elle fêtait son 11e anniversaire.

Les autres agressions seraient toutes survenues, comme l'a admis M. Catudal, sur son lieu de travail. Mais selon la victime, aujourd'hui âgée de 58 ans, elles auraient été beaucoup plus nombreuses que ce que Gérard Catudal prétend.

«Je n'ai pas noté toutes les fois, mais je sais que c'est arrivé régulièrement, peut-être une fois par mois il me menaçait de m'envoyer à l'école de réforme si je parlais. Je n'ai rien dit jusqu'à quelques jours avant mon 14e anniversaire. C'est là que j'ai décidé d'en parler à ma mère.»

Les agressions auraient tout de suite cessé, mais la jeune fille aurait été découragée par ses oncles de porter plainte, pour ne pas «nuire à la famille» avaient-ils prétexté.

La dame a donc gardé son secret pendant plus de 45 ans. C'est au retour d'un souper avec son père qu'elle aurait pris la décision de reparler de ce qu'elle avait subi.

«Mon père a dit à mon conjoint que son seul regret était de ne pas avoir été là plus souvent pour nous. Ç'a été comme un coup de masse dans la face. Je me suis dit: s'il avait été là plus souvent, il m'aurait juste agressée encore plus.»

C'est d'ailleurs pour inciter d'autres victimes à dénoncer leurs agresseurs que Mme Catudal a refusé de garder son identité secrète et permis aux médias de la publier.

«Si ça peut inciter une autre personne à le faire, ça aura valu la peine, a-t-elle dit. Je n'ai jamais pu avoir de relation stable à cause de ça. J'en suis à mon quatrième divorce. Je me suis rendu compte que je n'étais pas responsable de ce qui m'est arrivé. C'est à lui aujourd'hui d'en payer le prix.»

Rapport présentenciel

Après avoir pris connaissance des deux témoignages, le juge Marchand a dû statuer sur le nombre d'agressions dont a été victime Mme Catudal. Sans égard pour la validité de leurs témoignages, le magistrat a dû s'en tenir aux trois seules agressions admises par l'accusé, celles-ci étant les seules prouvées hors de tout doute raisonnable.

Gérard Catudal sera de retour en cour le 13 octobre prochain pour assister aux représentations sur sentence des avocats de la poursuite et de la défense. Entre temps, il devra se soumettre à des évaluations servant à la rédaction d'un rapport présentenciel.

 

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