Quand Ian (nom fictif) est entré à l'Auberge sous mon toit, en mars dernier, il était sous le coup d'une probation, devait exécuter 377heures de travaux communautaires et devait consommer 65 mg de méthadone par jour pour combler son manque d'héroïne.
«Ça faisait deux semaines que j'avais décidé de sortir de la rue, raconte l'homme d'une cinquantaine d'années. En plein mois de février, un autre itinérant, un gars avec qui je m'entendais bien, m'avait frappé pour une pilule de Dilaudid (un narcotique) à 5$. Ça a été pour moi l'élément déclencheur. Je ne voulais plus vivre comme ça.»
Ian s'est alors amené à Granby. Sous recommandation d'une connaissance, il s'est adressé à l'Auberge sous mon toit. Même si l'organisme accueille habituellement des hommes âgés de 18 à 35 ans, ils ont accepté de le recevoir.
C'est à ce moment que Ian a commencé à reprendre le contrôle de sa vie.
Une détresse qui date
Ian n'a pas toujours vécu dans la rue. Au début des années 1980, il avait un emploi, gagnait bien sa vie, mais la consommation d'héroïne a rapidement pris le dessus sur tout le reste.
«J'ai commencé à couper les ponts avec ma famille, à fréquenter d'autres personnes qui consommaient. À un certain moment, je ne faisais plus assez d'argent pour payer toute la drogue que je consommais. C'est là que je me suis mis à voler.»
À partir de 1985, Ian a multiplié les séjours en prison pour divers petits délits. Malgré sa consommation, il arrivait tant bien que mal à conserver un semblant de vie normale jusqu'à ce qu'en 2001, il en ait assez.
«Je vivais de l'aide sociale et j'avais un appartement, raconte-t-il. Presque tout mon argent servait à le payer. J'ai fini par me tanner et j'ai sacré mon camp.»
Les années suivantes, Ian les a passées dans la rue, dans une solitude presque totale, à mendier pour manger, à dormir sur des bouches d'aération.
Il porte encore les traces de ce long séjour en marge de la société.
«J'ai encore les deux gros orteils noirs parce qu'ils ont été brûlés par le froid, dit-il. Quand t'es dans la rue, ce n'est pas rare que tu passes trois ou quatre jours avec les bas trempes, même en plein hiver.»
Sur la bonne voie
Pendant son séjour à l'Auberge sous mon toit, Ian a pu amorcer sa guérison.
«Je ne suis pas heureux tout le temps, c'est sûr, mais aujourd'hui, en ce moment, je me sens beaucoup mieux», dit le quinquagénaire.
Il ne consomme plus que 9 mg de méthadone par jour, n'en consommera plus du tout depuis quelques semaines, et termine aujourd'hui ses travaux communautaires. Il lui reste du chemin à faire, mais la volonté de s'en sortir est là, plus forte que jamais.
«J'ai espoir de me trouver un travail et de reprendre mon permis de conduire, dit-il. J'ai fait mes travaux communautaires à raison de 35 à 40heures par semaine. Ça m'a redonné le goût de travailler.»
Sans les ressources qui ont été mises à sa disposition à l'Auberge sous mon toit, Ian ne sait pas ce qui serait advenu de lui.
«Ici, j'ai été étonné de voir comment ça marchait. Tout le monde est là pour t'aider. Ils ne sont pas toujours en train de te charger de l'argent pour une sortie à la cour ou au dépanneur.»
Ian arrive aujourd'hui à parler de ce qu'il a vécu, de l'enfer dans lequel il s'est lui-même plongé pendant tant d'années, comme il l'a fait hier, devant un groupe de résidants de la maison Arc-en-ciel de Granby, venus le rencontrer à l'Auberge sous mon toit pour en apprendre plus sur l'itinérance.
«J'avais déjà essayé de m'en sortir. Tous les jours, j'ai rêvé de cesser de consommer, mais je suis toujours retombé. Cette fois, et grâce aux gens de l'Auberge, j'ai enfin l'impression que je vais réussir.»









