«Ça va finir par devenir une ville fantôme, craint la dame qui, depuis quatre ans, tient son commerce à bout de bras. C'est bien simple, les gens préfèrent aller magasiner à Granby que d'acheter ici, dans leur ville. Il n'y a pas assez d'offre commerciale ici, si bien que les gens de Waterloo sont souvent obligés d'aller à l'extérieur pour acheter des choses aussi simples que des fusibles ou des bobines de fil. Et tant qu'à être à Granby, aussi bien passer par le Maxi et le Wal-Mart.»
Mme Brunelle se défend d'avoir été naïve en ouvrant son commerce de vente de ballots de laine pour le tricot ainsi que de sous-vêtements féminins.
«Je savais que les trois premières années seraient difficiles et j'avais prévu le coup. J'avais mis de côté un montant d'argent qui me servait de fonds de roulement et je m'en tirais bien au début. Mais j'ai fini par épuiser mes réserves et j'ai dû me trouver un autre emploi pour arriver à payer mon inventaire. Je ne faisais tout simplement pas assez de ventes. J'ai même ajouté un volet friperie et déménagé ma boutique pour tenter d'améliorer les choses. Mais ça n'a pas été suffisant. Les clients sont encore aussi rares et ceux qui viennent ne veulent pas payer le juste prix de ma marchandise.»
«Le pire, c'est qu'en quatre ans, je n'ai vu aucun signe d'amélioration et rien ne me laisse croire que ça pourrait un jour aller mieux, dit-elle. Je ne crois pas non plus que la ville nous offre assez de soutien. C'est pour ça que le 30 septembre, je ferme la boutique pour de bon.»
Si elle trouve dommage de devoir laisser son commerce, elle se console en disant qu'elle pourra toujours faire autre chose.
«Je songe à devenir chauffeur d'autobus et peut-être à déménager dans les Maritimes, dit-elle. Chose certaine, je veux garder un contact avec le public parce que c'est ce qui me manquera le plus.»
Aucun avenir
Normand Champagne, propriétaire de Liquidation Normand, vit un peu la même chose depuis cinq ans: de longues journées à attendre les clients et des chiffres de ventes rachitiques.
«Il y a des jours où presque personne ne rentre dans la boutique, mentionne M. Champagne. Et trop souvent, ceux qui rentrent n'ont même pas les moyens d'acheter.»
C'est donc décidé: lorsqu'il aura écoulé tout son inventaire, ce sera l'heure de la retraite pour lui.
«J'espère même que quelqu'un m'achète tout le lot d'un coup.»
M. Champagne se souvient du Waterloo d'antan, une ville prospère et dynamique où les industries et les commerces étaient florissants.
«Je suis parti d'ici pendant 40 ans et quand je suis revenu, tout était fermé, raconte-t-il. On dirait que personne ne s'est occupé de la ville pendant ce temps-là. C'est sûr que les fermetures d'usines ont fait mal et qu'à cause de ça, il y a beaucoup de gens qui n'ont pas d'emploi.»
Le commerçant a beau retourner la question de tous les côtés, il ne voit pas comment la situation pourrait un jour s'améliorer à Waterloo.
«Il n'y a vraiment aucun avenir ici, ajoute M. Champagne. Le problème, c'est que les gens n'ont pas le réflexe d'acheter local. Ils sont prêts à sortir de la ville pour économiser un peu. Mais, d'un côté, on ne peut pas les blâmer pour ça. On fait tous un peu pareil pour économiser de l'argent.»
En plus de la fermeture annoncée de Coeur de femmes et de Liquidation Normand, un autre commerce de la rue Foster, la crémerie Pur Délice, a mis fin à ses activités.











