«Il faut vite dire aux gens de sortir de leurs piscines et de foncer vers les vergers, lance Gisèle Provost du Verger du Relais de Saint-Paul-d'Abbotsford. Les pommes ont un bon deux semaines d'avance. Même que les poires sont trois semaines d'avance. C'est en plein le temps de venir les cueillir, il ne faut surtout pas attendre.»
Selon la dame, l'été chaud et généralement sec qu'on a connu a contribué à devancer la maturité des fruits.
«On parle de conditions idéales pour la pousse des poires Beautées flamandes, dit-elle, qui sont bien grosses et bien juteuses. Les pommes sont un peu plus petites à cause du manque de pluie, mais elles sont tout de même prêtes et très juteuses. En fait, les McIntosh sont déjà mûres chez nous alors qu'habituellement, on ne peut les cueillir qu'à partir de la mi-septembre.»
Pas l'idéal
La situation n'est pas idéale, prévient toutefois Dean Thomson, propriétaire du verger Thomson de Saint-Paul-d'Abbotsford. Les fruits sont peut-être prêts à la cueillette, mais ils n'ont pas encore gagné cette belle coloration rouge vif qui en fait saliver plus d'un. Et contrairement à ce que l'on pourrait croire, c'est la canicule que l'on traverse présentement qui est en cause.
«Les pommes ne seront pas rouges tant que l'on n'aura pas eu de nuits fraîches, dit-il. Il faut que la température baisse sous les 10 degrés, l'idéal étant autour de 5 degrés, pour concentrer le sucre et l'amidon de la pomme. C'est ça qui donne une belle coloration à la pomme.»
Ce qu'il souhaite, c'est que cette vague de chaleur passe au plus vite, parce que, comme les fruits sont prêts à la cueillette, ils se mettront bientôt à tomber de l'arbre si on les y laisse encore longtemps.
«En plus, les employés travaillent au ralenti tellement il fait chaud, note le pomiculteur. J'ai hâte que ça passe et qu'il pleuve un peu.»
Saveur exceptionnelle
Si la couleur n'est pas encore au rendez-vous, la saveur, elle, l'est.
«C'est vrai qu'elles manquent encore un peu de couleur, mais la saveur et la qualité des pommes sont exceptionnelles cette année, affirme Yvon Morin, agronome et conseiller au Club Pro-Pomme qui dessert l'est de la Montérégie. En pomiculture, on ne peut pas parler de millésime, mais on peut dire qu'on a droit à une bonne cuvée cette année.»
Mais il n'y a pas que leur saveur qui soit exceptionnelle, note l'agronome. Leur maturité hâtive aussi a de quoi étonner.
«Je suis dans le métier depuis 25 ans et je n'ai jamais vu une saison des pommes débuter aussi tôt. En fait, le débourrement (l'éclosion) des bourgeons a eu lieu dès le 5 avril, encore là deux semaines en avance, à cause de l'hiver doux et peu enneigé ainsi que du début hâtif du printemps.»
La bordée de neige et le gel survenus quelques semaines après l'éclosion des fleurs de pommiers auraient pu avoir des conséquences catastrophiques sur la quantité de pommes dans les arbres, mais ce n'a pas été le cas, note Benoit Bouthillier du verger Trois Pommes de Rougemont.
«Je sais qu'à d'autres endroits, ç'a eu plus de conséquences, dit-il. Mais ici, dans la région de Rougemont, les dégâts ont été très limités. Dans le pire des cas, il y a quelques pommes qui ont des formes irrégulières et c'est tout.»
Chez lui aussi, le travail de récolte est bien amorcé.
«On est déjà dans la livraison de la Lobo, indique le pomiculteur. C'est un gros deux semaines d'avance.»
«Ceux qui veulent faire de l'autocueillette devront y penser au plus vite, prévient-il. Sinon, ils pourraient se retrouver devant des arbres vides rendus au mois d'octobre.»











