Et une chance que cette critique ne devait pas être écrite pour le lendemain, parce que l'auteure de ces lignes aurait eu bien du mal à mettre le point final à son texte à temps, le spectacle s'étant terminé passé 22h30.
Certains diront que 2h45, c'est un peu long pour un show; c'est qu'ils n'étaient pas dans la salle de l'auditorium de l'école secondaire Massey-Vanier ce soir-là. Parce que les spectateurs présents, eux, - et ils étaient nombreux, la salle était comble - ne semblaient pas s'ennuyer, loin de là. Ça riait à gorge déployée, à certains moments, encore plus que dans bien des one man show d'humoristes les plus populaires.
Le fun a probablement atteint son paroxysme lors de la description de Mme la Mort, personnifiée pour les besoins du conte en un être «translivide» que celui sur scène s'est amusé à décrire de long en large pendant une bonne dizaine, sinon une quinzaine de minutes, alors que dans la salle, les gens peinaient à reprendre leur souffle et à se libérer des crampes de joues ou de bedaine.
Pas morbide
Oui, Fred Pellerin avait raison. Même si la mort était le fil conducteur de son quatrième spectacle, l'ambiance était loin d'être morbide sur scène. Son humour imagé, «vocabulairique» et grammatical, à la fois simple et subtil, jouant surtout sur le choix de mots et leur agencement, nous a rappelé qu'encore une fois, le p'tit gars de St-Élie-de-Caxton avait un don réel pour le «contage», voire l'improvisation, et une aisance sur scène déconcertante.
Il connaissait la recette, pour l'avoir appliquée dans ses trois premiers spectacles, et il nous l'a resservie mercredi, sachant pertinemment que le public allait dévorer ses paroles. Les contes de L'Arracheuse de temps tournaient tous autour de la Stroop, la sorcière du village, qui possédait cette incroyable faculté de sauver les gens de la mort - souvenez-vous: pendant les trois ans et quatre mois qu'elle est restée au village, personne n'est décédé -, mais les histoires mettaient en vedette d'autres personnages bien connus du public - Méo, les enfants Gélinas, la belle Lurette -, question, probablement, d'illustrer à quel point les histoires de l'un croisent les vécus des autres dans ce village aussi grand qu'une main.
Le tout était ponctué de chansons «pour permettre au public de roter de l'oreille», pour reprendre l'expression du conteur, et quelques morales touchantes, qui rappellent l'essence même du conte: «Y'a bin du monde qui attendent de mourir pour commencer à vivre» et «La branche de la mort pousse sur le même tronc que celle de la vie, pis c'est correct de même», entre autres.
Touchant
La soirée s'est terminée sur un vibrant monologue sur le deuil, suivi d'un hommage aux défunts du village.
En rappel, Fred Pellerin nous a servi un enregistrement de sa chère Bernadette, sa grand-mère, de qui il a également repris une chanson. L'idée n'est pas bête, elle est surtout touchante, mais il faut concéder que, pour le public, ce peut être quelque peu décevant. Car on ne va pas voir Fred Pellerin pour sa musique, au même titre qu'on ne s'offre pas un souper 50 services pour le sorbet entre les plats. Mais c'est un digestif quand même apprécié, on le conçoit.
Bref, «Coenne», comme le conteur a baptisé Cowansville toute la soirée alors qu'il s'adressait à la salle, a passé une excellente soirée. Gageons que l'auditorium sera aussi plein l'an prochain, si la supplémentaire en négociations annoncée hier soir est officialisée.











