«C'est de la très bonne télé, admet d'abord Sébastien G. Côté, directeur du marketing et des communications pour le compte de l'agence d'artistes Pierre Gravel International. Ce qu'on a vu dans Mirador est crédible, oui, mais la rapidité avec laquelle ils ont réglé le scandale dans l'épisode de mercredi soir l'est un peu moins. On ne peut pas étouffer une histoire comme ça en quelques heures à peine. J'espère qu'il ne règleront pas un cas comme ça par semaine, je n'y croirais plus.»
Josée Darche, présidente de la firme D2 Communications de Bromont, croit pour sa part que c'est justement ce qui contribuera à maintenir l'intérêt de la série.
«La série télé est avant tout un divertissement, dit-elle. Et dans le cas de Mirador, wow! La distribution est de premier ordre, la réalisation est soignée, le rythme tient le téléspectateur en haleine. J'ai beaucoup aimé.»
Contrairement aux présidents de bien d'autres firmes de relations publiques qui ont accueilli plus froidement l'émission, Mme Darche croit que celle-ci contribuera à redorer l'image de la profession de relationniste, surtout grâce à la présence du personnage de Philippe, incarné par Patrick Labbé, qui semble vouloir amener plus de rigueur éthique au sein de l'équipe de Mirador.
«Je ne serais pas surprise que la série ait une influence positive sur le nombre de mandats accordés à des firmes de relations publiques de même que sur les admissions dans les programmes scolaires menant à la profession, pense la dame. Et je suis convaincue que les futurs relationnistes seront teintés des valeurs véhiculées par le personnage de Philippe.
Détruire la crédibilité
Un autre aspect qui a chatouillé le directeur marketing de l'agence Pierre Gravel International, c'est cette propension qu'ont les membres de la cellule de crise du cabinet Mirador à démolir la crédibilité des gens qui cherchent à salir leurs clients.
«Je n'ai jamais vu une telle chose au Québec, dit-il. Les agences de relations publiques ne peuvent pas trop s'éloigner de la réalité. Ils ne peuvent que mettre en lumière des aspects de la réalité qui répondent mieux aux intérêts de leurs clients. C'est lorsque l'on ment aux fans d'un artiste, d'un athlète ou même d'un politicien que leur cote de popularité chute le plus dramatiquement.»
Josée Darche n'est pas prête à affirmer que tous les relationnistes agissent toujours avec le même sens moral, mais elle ne croit pas non plus qu'il y ait des Luc Racine, le personnage interprété par David La Haye qui n'hésite pas à occulter la vérité pour servir ses intérêts, dans toutes les boîtes de communications.
«Notre profession est régie par un code de déontologie qui enjoint tous les relationnistes à respecter les plus hauts standards professionnels, explique-t-elle. Il est clairement indiqué qu'il nous est proscrit de diffuser sciemment des informations qui soient fausses ou trompeuses.»
Un métier en mutation
Nos deux spécialistes croient aussi qu'une entreprise de «damage control» de l'image comme celle qui s'est déroulée dans le premier épisode de Mirador serait de plus en plus difficile à mener à bien, en bonne partie à cause de la rapidité des moyens de communication et du web 2.0.
«Avec des sites comme Facebook et Twitter, les informations personnelles circulent tellement rapidement et en dehors des canaux de communication traditionnels, mentionne Mme Darche, c'est devenu difficile de tout contrôler comme ça. Il ne faut pas oublier que l'émission de télé est une exagération de la réalité. Tout est fait pour divertir le spectateur, pour faire gonfler les cotes d'écoute. Il y a tellement d'offres de divertissement qu'il est impératif de se démarquer.»
Artiste tourmenté
L'épisode de mercredi tournait autour d'un jeune artiste qui, lors d'une soirée bien arrosée passée en compagnie de deux jeunes femmes, doit appeler les secours parce que l'une d'elles fait une surdose de GHB, la fameuse drogue du viol.
En plein coeur de la tourmente, soupçonné d'avoir drogué et violé la jeune femme, le personnage de Sébastien, grand gagnant du concours Québec Idole, mentionne au cours de l'émission être dégoûté par l'album qu'il s'apprête à sortir et que c'est pour cette raison qu'il s'est lancé dans la débauche. La relation qu'il entretient avec son agent semble aussi plutôt tumultueuse, l'artiste lui reprochant de ne jamais l'écouter, de ne pas se soucier de ce qu'il souhaite faire de sa carrière.
Selon Sébastien G. Côté, il serait fort peu probable qu'une telle histoire ait vraiment déjà eu lieu au Québec.
«Il s'agit là d'une relation complètement contre-productive, reprend-il. C'est vrai qu'un artiste peut avoir à faire des compromis pour lancer sa carrière, mais jamais à ce point. Un artiste ne pourrait pas lancer un album qu'il déteste au complet. Il serait incapable ensuite d'aller le défendre sur scène. Les gens remarqueraient tout de suite le malaise. Et même si le lien entre le concours fictif de Québec Idole et Star Académie est évident, je ne crois pas que l'équipe de Julie Snyder ait jamais forcé un artiste à produire un album qu'il n'aimait pas.»
Nos spécialistes des relations publiques ont-ils suffisamment apprécié pour suivre la série?
«Oui, je vais suivre cette série avec grand intérêt», n'hésite pas à dire Josée Darche.
«Je vais la regarder, indique Sébastien Côté. Mais s'ils s'entêtent à régler des nouveaux scandales en quelques heures à chaque épisode, mon intérêt pour la série va rapidement diminuer.»











