«Il y a encore un sentiment du mal parler québécois si on ne parle pas comme Céline Galipeau, a-t-il fait remarquer en tout début de conférence. En fait, on éprouve un espèce de malaise à savoir on parle-tu français? On parle-tu mal? Et ça, ça a pour effet de bâillonner le monde. Si tu parles pas bien, ferme ta gueule.
«Mais dans ma tête, on n'est pu français. On mange pas les mêmes mots, on mange pas la même affaire, on boit pas notre café pareil pis on se comprend même pas quand on se parle. Donc on parle pu français, on est bilingue, sauf qu'il n'existe pas encore de grammaire québécoise.
«Pourtant, y'a tout un système autour de notre parlure. Prenons juste le sacre, par exemple. C'est pourtant super important dans notre langage, y'a toute une grammaire qui régit ça. On peut faire un adverbe avec ''criss'', un verbe, un adjectif... Certains disent que c'est une preuve de pauvreté de langage; moi je dis que ça devient une pauvreté de langage si on a juste ça pour s'exprimer. Mais il faut reconnaître que parfois, ça apporte une couleur, une intensité, une traduction de ce qu'on veut dire qu'aucun autre mot ou expression peut remplacer.»
C'est d'ailleurs pourquoi, selon lui, il est essentiel de laisser libre cours au parler comme il veut s'exprimer, sans pour autant en oublier les bases et les règles grammaticales. «C'est essentiel, pour déformer, démancher, réinventer une langue comme moi et d'autres le font, de d'abord bien la maîtriser, dit-il. Sinon, c'est juste n'importe quoi que personne va comprendre. C'est pas castrateur de savoir sa grammaire, au contraire, ça donne la liberté de partir sur une chire.
«Parce que dans le fond, la grammaire, c'est d'abord basé sur l'usage. Grévisse et Bescherelle, c'était des buzzés qui ont regardé comment ça marchait, la langue française, et qui en ont dressé un cadre. On prétend que le français c'est une langue vivante, faque faisons-la vivre! Mettons-y du jus, de la graisse, réapproprions-nous-la. Les néologismes, c'en est des exemples qui font vivre une langue. Inventons-en au besoin, après, on ''grammairera'' d'ssus.»
En France
Mais avec un parler aussi coloré et aussi régional que le sien, comment fait Fred Pellerin pour se faire comprendre de nos cousins français? , lui a demandé un étudiant.
«Je ne m'adapte pas tant que ça à leur façon de parler, je les amène à moi plutôt que d'aller vers eux, a répondu le conteur. Je ne veux pas conquérir la France, faque je ne ferai pas de compromis sur la langue. Une chose qui est bizarre, quand même, c'est que quand je commande au restaurant, le serveur me comprend pas. Et le même serveur, à mon show, va tout catcher. À croire que payer 20 euros l'aide à comprendre!»
Il concède toutefois faire quelques efforts lorsque nécessaire. «Ça fait genre 40 ou 50 fois que j'vais l'autre bord, j'ai catché les mots qu'ils ne comprennent pas. ''Cossin'', ''gogosse'', c'est à ranger dans la case Mots inactifs dans le vocabulaire européen.
«Mais des fois, y'a des mots qui sont vraiment une nécessité dans mon show, comme bécosse. Bécosse, ça a vraiment quelque chose de culturel chez nous. Ça vient avec de la tôle grise pis une p'tite fenêtre en croissant de lune. C'est pas un cabinet ou un VC, je peux pas leur traduire ça comme ça parce que ça a pas le même sens. Faque je vais partir sur une chire éthymologique pour qu'ils en viennent eux-mêmes à faire le lien avec ce que c'est.»
Bref, il s'assume le petit gars de St-Élie-de-Caxton. Et il invite tout le monde à faire comme lui. «On remet souvent la question de la langue dans les mains des politiciens. Mais c'est à chacun de nous de faire quelque chose, sans attendre la réaction des autres. C'est très adolescent d'attendre d'avoir le regard de l'autre pour exister. Faque existons.»











