À 66 ans, Édith Butler est en pleine tournée d'adieu. Une tournée d'adieu qui l'amènera à la Maison de la culture de Waterloo, vendredi soir prochain.
Mais attention, prévient-elle, tournée d'adieu est loin de signifier retraite. Elle n'a juste plus envie de parcourir de longues distances entre ses spectacles. Trop fatiguant à son âge. Mais elle continuera à donner des shows ici et là, elle continuera à faire des disques.
«La nuance est importante, dit-elle. Car vois-tu, il y a trop de monde qui pense que je m'apprête à me retirer. Remarque que c'est peut-être pour ça que mes salles sont pleines partout!»
Édith Butler rigole. Oui, on s'amuse quand on jase avec elle.
«Je ne suis pas un personnage, reprend-elle. J'aime m'amuser, j'aime rire, je suis comme ça pour vrai. Pour moi, la vie est une chanson qui nous met de bonne humeur. Dans le fond, je suis ce que je chante...»
Sur un timbre-poste
Édith Butler ne sait même pas depuis combien de temps elle chante exactement. Ce qu'elle sait, c'est que ça a commencé «un peu par accident» à la suite de ses études universitaires en littérature à Québec. Un très bel accident, dit-elle en regardant tout ce qu'elle a accompli depuis.
«Mais ça n'a pas été facile au début. Je me souviens encore que les gens de Radio-Canada me disaient que j'aurais de la misère à faire carrière à cause de mon gros accent. À l'époque, on ne parlait qu'en français international à Radio-Canada. Mais au lieu de baisser la tête et de voir mon accent comme un défaut, comme une faiblesse, je l'ai vu comme un atout, comme quelque chose qui allait me définir par rapport aux autres. Et mon accent est devenu ma marque de commerce, mon trademark.»
Elle a ensuite «charrié l'Acadie», comme elle dit. Avec fierté, avec coeur et ce, même si elle n'est jamais retournée vivre dans son pays après ses études.
«Certains Acadiens n'ont pas apprécié que je m'en aille. Mais l'Acadie a toujours été au centre de ma vie, de ma carrière et de mes chansons. Ça, c'est comme ceux qui reprochent à Céline de faire son argent aux États-Unis. J'ai rencontré Céline récemment et je peux vous jurer qu'il n'y a pas plus Québécoise qu'elle...»
Et elle a été la toute première à chanter l'Acadie à l'extérieur de ses frontières, elle qui a représenté les siens partout au Canada, en Europe et même en Asie. Pas pour rien qu'elle aura son visage sur un timbre-poste à compter du mois de juillet.
«C'est un bel honneur, un grand honneur. Et je vais être honorée en même temps que Robert Charlebois et Bryan Adams et ça, ça me rend très, très fière.»
Elle rit quand on lui demande si, effectivement, elle a déjà été une avide collectionneuse de timbres dans sa jeunesse.
«Où est-ce que t'as pris ça? Ben oui, je collectionnais les timbres dans le temps. On rit, mais ça m'a permis d'apprendre un paquet d'affaires. J'ai commencé à m'intéresser à la géographie et à l'histoire grâce aux timbres. Aujourd'hui, les jeunes ont internet et Nintendo pour s'amuser mais nous autres, à l'époque, on n'avait rien de ça. Ça fait qu'on collectionnait les timbres et on avait du fun pareil!»
Des histoires
À la Maison de la culture, vendredi prochain, Édith Butler chantera le meilleur de ses 27 albums. Si Paquetville m'était conté, c'est des histoires et des chansons. Autant d'histoires que de chansons, en fait.
«Le monde aime m'entendre raconter des histoires, souligne-t-elle. Des fois, les gens pensent que je conte des menteries, mais je ne mens jamais! C'est vrai qu'il y a des histoires de fou à travers, mais ce sont de vraies histoires de fou!»
Elle sera accompagnée sur scène d'une seule musicienne, la violoniste Marie-Pierre Lecault. «Juste une musicienne, mais toute une!», lance-t-elle.
Sa tournée sera loin de s'arrêter à Waterloo. Entamée il y a un an et demi, sa série de spectacles ne se terminera pas avant 2010.
«Ça devait durer juste un an. Pis on a commencé à ajouter des dates, pis d'autres dates, pis encore d'autres dates. On a fait le tour du Québec, du Nouveau-Brunswick, de l'Ontario francophone et on va même aller virer dans l'Ouest. C'est ma dernière tournée, mais c'en est une vraie!»
Mais elle est en forme, Édith Butler. Elle revient de Floride (trois mois, on est jaloux) et elle se repose quand elle peut dans le coin de Fitch Bay, pas trop loin d'ici, sur la terre qu'elle a achetée il y a une dizaine d'années.
«Oui, je vais continuer à chanter, précise-t-elle encore. Je vais continuer parce que j'aime trop ça. Un chanteur, ça ne prend pas sa retraite. Ça chante jusqu'à la fin. Moi, en tout cas, c'est ce que je vais faire...»










