Manon Bédard respecte ses promesses

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Michel Tassé

Michel Tassé
La Voix de l'Est

(Rougemont) Le cinquième album de Manon Bédard s'intitule Tel que promis. «Un titre qui veut véritablement dire quelque chose à mes yeux», souligne-t-elle.

En 1997, Manon Bédard est devenue vedette du jour au lendemain lorsque La fête, son premier album, s'est écoulé à près de 50 000 exemplaires. Et depuis, elle est identifiée au chant tyrolien ou, si vous préférez, au yodle. Normal, puisqu'ils sont très rares à maîtriser cette façon de chanter.

 

«Je suis fière de faire du yodle, je suis fière de faire du country, mais j'ai un jour promis à mon père aujourd'hui décédé que mon prochain album allait se rapprocher davantage du country-pop, qu'il allait rejoindre un plus large public, explique celle qui habite Rougemont depuis trois ans. Aussi, je lui avais promis que j'allais être bien entourée pour l'enregistrement de mon disque. Vraiment, j'ai tenu parole et j'en suis fière.»

Effectivement, la musique de Manon Bédard n'a jamais tiré autant vers la pop, ce qui devrait lui ouvrir quelques portes supplémentaires chez les radiodiffuseurs. Puis, en travaillant avec le très crédible Guy St-Onge (Gregory Charles, Ima), qui a réalisé son album, elle s'est assurée que tout le monde allait écouter ses chansons avec sérieux.

«Je suis privilégiée, car je peux dire que c'est Guy qui m'a approchée et non le contraire. Lorsque nous nous sommes croisés lors de l'enregistrement d'une émission de télé il y a trois ans, il m'a demandé si c'était vrai ce qu'il avait entendu dire, soit que je cherchais à élargir mon public. J'ai été très flattée quand il m'a dit qu'il aimait ma voix et qu'il était intéressé à travailler avec moi.»

C'est St-Onge qui a proposé à Manon de reprendre Something to Talk About, un succès de Bonnie Raitt. C'est encore lui qui a eu l'idée du duo avec Laurence Jalbert, certainement un des bons moments de l'album.

«Guy, c'est un homme de coeur, quelqu'un qui travaille avec ses tripes, pas juste avec ses connaissances musicales. Laurence Jalbert est aussi une femme de coeur. Je voulais travailler avec des gens qui me ressemblent, c'est vraiment ça que je voulais. Et je pense que c'est parce que je le voulais tellement que j'ai réussi à le faire.»

Pas prête à l'époque

Manon Bédard est originaire de St-Tite, berceau de la musique country au Québec. Et lorsque le succès est arrivé, il y a une douzaine d'années, c'est toute une petite ville et même une région (la Mauricie) qui a triomphé avec elle. Avec le recul, elle avouera toutefois qu'elle n'était peut-être pas prête à affronter le tourbillon dans lequel elle s'est retrouvée à l'époque.

«Ça a été deux années tout à fait folles, se rappelle-t-elle. J'étais sollicitée de toutes parts, je donnais un show ici, je donnais un show là, je faisais telle émission de télé, telle autre, ça n'arrêtait pas deux secondes. Les journalistes s'intéressaient aussi beaucoup à moi et, puisque j'étais très timide, je ne paraissais pas toujours super bien en entrevue. Puis, ma voix n'avait pas atteint sa pleine maturité et la perfectionniste en moi était loin d'être toujours satisfaite...»

Les années qui suivirent allaient toutefois s'avérer plus tranquilles, le succès étant moins présent. Et Manon est retournée «à la vraie vie» pour reprendre ses propres mots, elle qui a repris sa place auprès des enfants.

«Au total, j'ai été éducatrice en garderie pendant 15 ans. J'adore les enfants parce qu'ils sont sincères, parce qu'ils incarnent la vérité au sens le plus pur. J'avais besoin de retourner auprès d'eux pour mieux revenir à mon métier de chanteuse.»

Et il y a deux ans, elle a décidé que sa carrière artistique allait à nouveau prendre toute la place.

«Pour aller au bout de mon projet et de mon rêve (son nouvel album), il fallait que je le fasse, il fallait que j'investisse toutes mes énergies au même endroit. Aujourd'hui, je sais que ça valait la peine de la faire.»

À quelques exceptions près, rares sont les artistes qui vendent des albums à la pelle de nos jours au Québec. Mais si jamais le succès avec un grand S revenait, Manon Bédard affirme qu'elle a maintenant les outils pour composer de façon harmonieuse avec lui.

«J'ai vieilli, j'ai plus d'expérience et de connaissances. J'ai appris beaucoup au fil des ans.»

Heureuse à Rougemont

Manon Bédard a quitté St-Tite il y a un bout et elle se dit tout à fait heureuse à Rougemont.

«J'aime Rougemont à cause de sa tranquillité et de la montagne, et j'aime Granby, où je fais un paquet de choses, à cause du lac Boivin, de ses pistes cyclables, de ses restos, etc. Vraiment, j'ai l'impression d'être installée dans la région pour longtemps», explique-telle.

Elle aime aussi le Palace. Et elle était fière de nous annoncer qu'elle fera la première partie de Dick Rivers le 22 novembre. En fait, elle précédera le Français lors de plusieurs de ses spectacles en sol québécois au cours des prochaines semaines. Il faut dire que Rivers et Manon travaillent tous les deux avec le producteur granbyen Pierre Gravel.

Oui, voilà une autre preuve qu'elle a su bien s'entourer. Comme elle l'avait promis à son père.

 

 

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