Ce fut ma première réaction en apprenant que C4 Productions, producteur du spectacle de la Saint-Jean dans le parc des Pélicans dans le quartier Rosemont, avait embauché Lake of Stew et Bloodshot Bill, deux groupes anglos, pour la soirée du 23 juin.
J'adore la Saint-Jean.
Je l'ai souvent fêtée sur les Plaines d'Abraham à Québec. Je n'y ai jamais entendu une chanson anglophone. Et puis quand les milliers de festivaliers entonnent "Québécois, nous sommes Québécois", j'ai des frissons.
Si la foule chantait "Quebekers, we are Quebekers", ça ne me ferait pas le même effet.
Ma fibre patriotique ne vibrerait pas autant.
Mais le Québécois dont la langue maternelle est l'anglais préférerait sans doute la seconde version.
Les Paul Piché et Robert Charlebois n'éveillent probablement pas le même enthousiasme en lui qu'en moi. Ça ne l'empêche pas d'avoir un sentiment d'appartenance à l'égard du Québec, terre où il est né.
À l'origine, la Saint-Jean-Baptiste était une fête pour les Canadiens-français. Le patriote Ludger Duvernay a initié les premières festivités en 1834. Le directeur du journal de La Minerve voulait que ce soit une fête pour la nation. Le patriote souhaitait ainsi faire contrepoids au banquet que tenait annuellement l'élite marchande anglaise, le 24 juin.
En 1977, le gouvernement du Québec a changé l'appellation de la "Saint-Jean-Baptiste" pour celle de la "Fête nationale". Le 24 juin devenait alors la fête de TOUS les Québécois. Pas uniquement celle des francophones.
L'animateur Guy A. Lepage a émis un commentaire aux nouvelles, hier soir, qui m'a fait réfléchir. "Nous devrions nous réjouir que des groupes anglophones préfèrent chanter à la Fête nationale plutôt que le 1er juillet", a-t-il dit.
La société québécoise n'est pas composée uniquement de francophones. Les immigrants sont de plus en plus nombreux. La présence de ces gens est essentielle au maintien de notre société de consommation. Les francophones ne peuvent pas continuer de fêter en vase clos et nier que des gens d'autres nationalités les entourent. D'autant plus que des fils et des filles d'immigrants sont nés au Québec, c'est leur chez eux.
Évidemment, je mentirais en vous disant que je ne préférerais pas que les festivités de la Saint-Jean se déroulent 100 % en français. C'est difficile de changer une tradition. Mais bon, j'y arriverai, en autant qu'on me promette qu'il y aura toujours une place pour quelques tounes francophones.










