Moussa Zahzam a quitté son Algérie natale, en 1996, fatigué par les conflits dans son pays. À Granby, il a trouvé la paix et un milieu de vie sain pour sa famille. L'ingénieur de formation, qui a décidément l'âme d'un entrepreneur, décide d'ouvrir sa propre épicerie en 2005, après la perte de son emploi. Son poste venait d'être relocalisé en Chine. Plutôt que d'en vouloir à la terre entière, il embrasse la planète et ouvre l'Épicerie Universalis. L'endroit se voulait un hommage aux produits des quatre coins du monde qu'il offrira.
«?Au départ, j'ai commencé timidement, mais les clients m'ont dit ce qu'ils voulaient et maintenant, j'ai des produits du Moyen-Orient, d'Europe de l'Est, d'Afrique et d'Amérique du Sud.?» À force d'élargir son offre, Moussa Zahzam est devenu une réelle encyclopédie de la gastronomie internationale. Il montre avec fierté des produits qu'on ne retrouve nul part ailleurs à Granby, comme des Loukoums du Maroc ou des thés d'Europe de l'Est.
Si au départ, M.Zahzam misait sur la visite de clients d'origine étrangère, il affirme maintenant que sa clientèle est majoritairement québécoise. «?Plusieurs Québécois ont goûté à l'huile d'olive marocaine, aux sauces piquantes du Mexique ou à la Yuca de la Colombie durant un voyage. De retour au pays, ils viennent ici pour les retrouver?», dit-il. Moussa Zahzam, qui parle l'espagnol, le russe et l'arabe, en plus de l'anglais et du français, considère qu'il y a quelque-chose à apprendre de la cuisine de chaque pays. «?Si les Hindous mangent du cari et du curcuma, ce n'est pas pour rien, croit-il. Il faut se pencher sur cette cuisine du monde et tirer le meilleur pour nos organismes et pour nous protéger des maladies.?»
Saveurs latino
À quelques pas de l'Épicerie Universalis, le Marché latino, mise également sur des produits étrangers. Les visiteurs qui y entrent sont accueillis par l'odeur des Empanadas qui cuisent tranquillement dans un petit four. Paola Garzon, d'origine colombienne qui vit à Granby depuis cinq ans, nous accueille avec un grand sourire et nous offre le tour du propriétaire (même si elle n'est qu'une employée?!). Le nombre de produits sur les tablettes est limité, mais ils constituent des valeurs sûres auprès de la clientèle latino de la région, dit-elle.
«?Il y a beaucoup de latinos à Granby, précise son patron, Raphael Ramos. Surtout l'été, il y a beaucoup de Mexicains et de Colombiens, notre boutique répond à un besoin.?» Biscuits, boissons et friandises des pays du Sud s'entassent ainsi sur les étagères. On retrouve aussi des dizaines de farines différentes permettant de cuisiner autant de pains et pâtisseries des pays du Sud. «?Les immigrants d'Amérique du Sud aiment beaucoup cuisiner par eux-mêmes, plutôt que d'acheter des mets préparés, lance Paola Garzon comme explication. Il y a moins de produits chimiques et ça coûte moins cher.?»
L'Afrique sur la rue Robinson
Sur la rue Robinson, une autre boutique se veut, cette fois, un reflet de l'Afrique. Le marché Bino-Na-Biso compte quelques aliments importés directement du continent africain, mais également des produits de beauté et des films. Le cinéma africain, célèbre pour son humour et son ironie, est une valeur sûre pour se divertir, confie l'une des employées du commerce. Mémé Louise, très populaire dans plusieurs pays du continent, constituerait ainsi une bonne alternative aux stars américaines. Très prisées, les cartes d'appels internationales motivent plusieurs Granbyens, d'origine africaine, à visiter le commerce. Un moyen de garder contact avec leurs familles et de lutter contre le mal du pays, dit-on.
Joanne Ouellette, directrice du SERY est d'avis que ces trois épiceries jouent un rôle primordial. «?Bien souvent, les goûts de leur pays manquent aux immigrants, confie-t-elle. Avant, ils devaient se déplacer à Montréal pour retrouver ces aliments. Pour les communautés, c'est très important ces épiceries?». Mme Ouellette ajoute qu'il s'agit d'un exemple concret de l'apport des immigrants à la vie granbyenne.
«?En ouvrant leur propre commerce, ils n'ont pas besoin de se trouver un emploi, ils ont leur propre travail. Plusieurs d'entres-eux sont des entrepreneurs et créent même des emplois.?»
L'épicerie Universalis de M. Zahzam célébrera son cinquième anniversaire l'an prochain. Un exploit, considérant que plusieurs boutiques du genre n'ont, par le passé, survécu qu'une ou deux saisons. D'ici là, M. Zahzam compte ouvrir un petit salon de thé pour faire découvrir plus facilement ses produits aux clients et leur donner le goût de les essayer.
Pour un tour du monde, tout en restant à Granby, ou simplement donner une touche d'originalité à son garde-manger, une visite dans ces trois épiceries s'impose.











