En 2007, Jean Charest devenait premier ministre d'un gouvernement minoritaire, une situation peu courante au Québec. Cela voulait dire de part et d'autre des concessions pour l'adoption de projets de lois. Les élus sont peu habitués à cette cohabitation à trois partis (PLQ, ADQ et PQ). Prétextant obtenir un gouvernement majoritaire afin d'avoir les coudées franches pour mieux intervenir sur une éventuelle crise économique, Jean Charest demande donc à l'électorat de retourner aux urnes. D'autres raisons pourraient aussi être invoquées: le PLQ espère profiter de la baisse de la popularité de l'ADQ dans les sondages ainsi que de l'inexpérience de Pauline Marois en tant que chef d'un parti.
D'abord sur la scène provinciale, l'économie semble tenir le haut du pavé avec la crise bancaire et financière aux États-Unis. En déclenchant des élections plus tôt que prévu, le premier ministre Jean Charest a pris un risque calculé mais cela demeure tout de même un risque. L'équipe libérale maintient le cap sur l'économie malgré un sondage qui soutient que la population se préoccupe davantage de la santé et que l'accès aux soins de santé demeure une priorité. Il n'a pas démontré clairement que la cohabitation des partis à l'Assemblée nationale empêchait le bon fonctionnement du Parlement. Il s'agira de voir si l'électorat lui tiendra rigueur d'avoir déclenché des élections hâtives.
Pour ce qui est de l'ADQ, elle est encore perçue comme le parti d'un seul homme, Mario Dumont. Depuis le début de la campagne, son équipe a de la difficulté à être prise au sérieux. Des sorties sur l'absence des sapins dans les écoles, le retour sur le cours d'éthique et de culture religieuse ainsi que des extraits de chansons afin de dénoncer des positions des partis adverses sentent l'improvisation. Avec 14 % d'intentions de vote, Mario Dumont a de quoi s'inquiéter.
Pour ce qui est de Pauline Marois, c'est la personne qui possède le plus d'expérience en politique provinciale, mais c'est la première fois qu'elle mène une campagne en tant que chef. On peut noter certaines anicroches en début de campagne: peu d'argent dans les coffres du parti, des investitures houleuses et un document émanant de son parti la définissant comme une personne snob. Ces imprévus font qu'elle a été davantage occupée à se défendre plutôt que de débattre des enjeux de la campagne. Elle devra démontrer qu'elle a le leadership nécessaire pour maintenir la cohésion dans sa formation afin de gagner la confiance de la population. Ainsi donc, pour les chefs politiques des principales formations, cette campagne pourrait être déterminante pour leur avenir politique.
Après une semaine de campagne, on peut avancer sans trop se tromper qu'il ne s'est pas passé grand-chose. Le point central lancé par Jean Charest lors du début de campagne était l'économie. Par contre, la santé se glisse dans la campagne et prend de plus en plus d'ampleur. À l'image de la dernière campagne fédérale, on devra peut-être attendre le débat des chefs le 25 novembre prochain afin de voir la vraie campagne sur le plan national. Et jusqu'au 8 décembre, bien des choses peuvent se passer dans une campagne électorale.
Sur la scène locale, plusieurs enjeux se profilent à l'horizon. Les circonscriptions de notre région ont plusieurs défis à relever: attirer de nouvelles entreprises dans la région (la situation chez Beaulieu Canada d'Acton Vale est inquiétante), avoir une main-d'oeuvre qualifiée et spécialisée, régulariser la situation de Bromont face à un éventuel changement de MRC, entreprendre des actions concrètes afin d'éliminer les algues bleues dans nos plans d'eau n'en sont que quelques exemples.
Nous connaissons maintenant les candidats des différentes circonscriptions de la région. Osons poser des questions à nos candidats locaux. Ce sont eux qui sont les plus près des citoyens, ils se portent d'ailleurs candidats pour nous représenter, alors profitons-en. Car comme l'a si bien dit Charles de Montalembert (1810-1870), journaliste, historien et homme politique français: «si vous ne vous intéressez pas à la politique, la politique s'occupe de vous tout de même».
LOUISE LEBLANC
L'auteure enseigne la science politique au Cégep de Granby Haute-Yamaska









