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Jean Trudel
La Voix de l'Est

Difficile de ne pas réagir à la récente vague d'articles et d'interviews concernant la maîtrise de la langue française et les étudiantes et les étudiants de cégep. Le pourcentage - trop élevé - d'échecs lors de l'épreuve uniforme de français en amène plusieurs à chercher des solutions... et des coupables!

Les propos de Suzanne Chartrand, professeure à l'Université Laval, au sujet des mesures à envisager pour améliorer la maîtrise de la langue française par les cégépiennes et les cégépiens appellent quelques précisions. En effet, interrogée sur les ondes de Radio-Canada par Pierre Maisonneuve, elle déclarait sans ambages qu'au premier chef, les enseignantes et les enseignants au collégial devraient d'abord cesser de se prendre pour des profs de littérature et enseigner le français!

 

N'en déplaise à cette didacticienne, au collégial, les cours de français sont des cours de littérature. Ils font partie intégrante de la formation générale, elle-même la manifestation tangible du souci d'offrir une formation collégiale qui ne soit pas uniquement centrée sur la qualification à l'emploi ou la préparation à l'université. Et c'est très bien ainsi.

Cette remarque témoigne d'une méconnaissance de ce qui se fait dans les établissements collégiaux. Il y a toute une panoplie de mesures destinées à aider les étudiantes et les étudiants qui éprouvent des difficultés avec le français: des cours d'appoint et de mise à niveau, notamment, et des centres d'aide dans presque tous les cégeps. Et malgré ce que laisse entendre Mme Chartrand, la grande majorité des enseignantes et des enseignants contribuent à l'amélioration de la maîtrise de la langue, particulièrement dans les départements de français bien sûr, mais aussi dans toutes les autres disciplines.

J'enseigne moi-même la physique, et, comme l'ensemble de mes collègues, je relève les fautes de français dans les rapports de laboratoire, suggère des correctifs et tiens compte de la qualité de la langue dans l'évaluation!

Suggérer que les professeurs de français cessent de se prendre pour des professeurs de littérature, c'est porter un jugement facile et condescendant, face à un problème autrement plus complexe; ce que Mme Chartrand reconnaît d'ailleurs elle-même.

Concernant la maîtrise de la langue, comme d'ailleurs dans d'autres champs de la qualité de la formation, nous faisons face comme société à un problème d'envergure. Nous ne pouvons plus nous contenter d'une accessibilité à l'école (encore imparfaite d'ailleurs): il faut trouver les moyens d'amener considérablement plus de jeunes à la réussite scolaire.

Revoir à la baisse les ambitions du système d'éducation à ce chapitre en abaissant les exigences serait une erreur: il faut plutôt donner à l'école les moyens de ses ambitions et, comme l'a suggéré Mme Chartrand en fin d'entrevue, songer notamment à diminuer le ratio d'élèves dans les classes et à mieux financer les écoles.

Pour acheter des dictionnaires, une école primaire près de chez moi a récemment songé à organiser une vente de chocolat...

Jean Trudelle est président de la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec

 

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