Les écoles juives: où est le problème?

 

Jean-Guy Dubuc
La Voix de l'Est

On a cru, au début, que le problème ne concernait que Montréal et ses environs: on ne compte pas, dans nos villes, d'écoles juives, encore moins de ces écoles davantage orthodoxes regroupées dans quelques quartiers de Montréal. Puis on se rend compte que le débat prend de l'ampleur. Et qu'il réveille la fameuse question orageuse de la laïcité au Québec. Et là, nous sommes tous concernés. Parce que tout le monde s'en mêle et tirent des conclusions qui ne respectent plus grand monde!

Rappelons les faits. La ministre de l'Éducation du Québec, Michelle Courchesne, nous a appris, la semaine dernière, que les écoles juives de Montréal auraient le droit de tenir des classes les dimanches pour satisfaire les exigences du ministère et, en même temps, transmettre, à leurs élèves les cours jugés nécessaires dans leur religion. Augmentation de quatre heures de classe par semaine pour les petits Juifs orthodoxes.

 

Levée de boucliers dans l'opposition: la ministre a caché cette entente conclue en décembre dernier avec les chefs religieux juifs; elle change le système scolaire qui a fixé son calendrier d'après un nombre de jours en classe; et, surtout, elle conclut, avec les Juifs, un accommodement jugé non raisonnable.

En quoi cet accommodement nous gêne-t-il?

En fait, d'une seule façon, c'est dans la manière d'agir de la ministre. Agir en catimini, secrètement, pour ensuite nier et faire semblant que le but n'était pas d'accommoder les Juifs, ce n'est pas respectueux des citoyens. Ça faisait deux ans que ces écoles avaient été dénoncées pour ne pas accorder un nombre suffisant d'heures à l'enseignement des matières obligatoires de base. Une entente permettait de résoudre le problème: plus d'heures en classe.

Sauf que la ministre refusait d'avouer qu'elle répondait à une demande «religieuse» des Juifs... C'est là le seul problème.

Si la communauté juive veut ajouter des heures de classe dans ses écoles privées, c'est son affaire, le dimanche ou n'importe quel autre jour de la semaine.

Les plus anciens des lecteurs qui ont «fait leur cours classique» se souviennent qu'à maints endroits, les congés de la semaine se prenaient les mardis et jeudis après-midi. Et que le dimanche matin, il fallait aller au collège pour la messe suivie du cours de religion. Personne n'en a (trop) souffert; personne de l'extérieur ne dénonçait le système; et personne ne négligeait les autres matières de classe. Étrange, mais il y avait plus de liberté dans cette époque de «la grande noirceur»...

Aujourd'hui, dans l'élan de laïcité à inventer dans notre société, on ne semble pas faire de différence entre le port de la burqa dans la rue et l'enseignement de la religion dans les écoles privées. En fait, on en veut tellement à l'école privée qu'on ne rate aucune occasion de lui chercher des poux dans la tête.

La permission accordée aux écoles juives est un accommodement raisonnable qui ne gêne personne. Les attaquants disent qu'on ouvre là une porte dont d'autres pourront se servir; et autres craintes totalement hypothétiques. Est-ce qu'il n'y aurait pas là un relent d'antisémitisme que l'on ne veut jamais admettre mais qui est pourtant présent dans notre société?

Dans l'immense désir de préservation de l'identité québécoise, on peut facilement glisser vers un refus de tout ce qui ne nous ressemble pas! L'étranger, chez nous, doit être semblable à nous. La distinction religieuse, surtout, est suspecte, même quand elle ne dérange personne. Personne n'a défini, encore, ce qu'est le signe religieux que personne ne semble vouloir. Avertissement à Madonna, si elle vient en concert au Québec, avec ses petites croix au cou..!

La démarche vers la laïcité de l'État est normale; normale aussi la déviation occasionnelle. Mais l'attaque à des traditions religieuses conservées dans le privé des institutions est signe d'intolérance, de manque d'ouverture et de respect envers ceux qui ont l'audace d'être différents. Comme démocratie, il y a mieux.

L'auteur a été président-éditeur de La Voix de l'Est en 1988-89

 

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