L'université: qui va payer?

 

Jean-Guy Dubuc
La Voix de l'Est

La même question revient sans cesse, depuis 10, 15, 20 ans. La réponse, unique, est celle du gouvernement, toujours la même: repousser l'échéance à plus tard, à des successeurs ou à des plus braves. Il n'y a jamais de position de principe, d'engagement ferme du gouvernement, quel qu'il soit. Les libéraux ont trop peur de perdre des votes; les péquistes, des membres. Va bien falloir qu'un jour, on se décide. Et la question devient: quelle part la société (non le gouvernement) doit-elle prendre dans l'éducation des étudiants universitaires?

Pour chaque question simple, il existe une réponse simple... qui n'est jamais la bonne. Les frais de scolarité universitaires sont une de ces questions auxquelles on ne peut pas répondre par un oui, un non ou un pourcentage. Évitons donc les simplifications à outrance qui ne règlent rien.

Par exemple, répéter année après année que le gouvernement n'a pas le droit d'augmenter des frais fixés 20 ans plus tôt pour un contexte socio-économique de l'époque, c'est non seulement irrationnel mais injuste. On sait bien que le coût de la vie a considérablement augmenté et que chacun d'entre nous a dû s'ajuster à cette transformation de nos vies. À moins d'exiger des professeurs d'accepter les salaires de cette époque, des fournisseurs de vendre leurs produits aux prix d'autrefois, à tout le système environnant de revenir 20 ans en arrière, il serait injuste qu'un groupe de citoyens demeure à l'abri de l'évolution du reste du monde. Le gel des frais de scolarité est donc économiquement, socialement et éthiquement inacceptable.

Bien sûr, c'est le rôle des associations étudiantes de combattre ce point de vue, avec même l'appui de certains professeurs "sympathiques" qui sont prêts à les appuyer. Avec même la menace de grève, ce qui ne gêne personne d'autre que les grévistes.

Mais le Québec est la province canadienne où les étudiants sont parmi les plus choyés, avec des frais bien au-dessous de la moyenne canadienne. Pourquoi? Choix de société? Pourquoi la classe moyenne doit-elle payer pour ceux qui seront plus riches qu'elle? Et pourquoi les enfants de riches devraient-ils profiter de l'argent de ceux qui sont plus pauvres qu'eux?

Le "Club des 16", réuni autour de l'ex-premier ministre Lucien Bouchard et dont plusieurs ont appartenu à des gouvernements qui n'ont rien fait à ce sujet quand ils étaient au pouvoir, est aujourd'hui sans équivoque: que les universités augmentent leurs frais selon un système de modulation fondé sur les revenus futurs.

Oui, il faudra augmenter ces frais avec respect pour l'ensemble de la population qui paie pour les autres. Mais la question de la modulation ne règle pas tout. Comment s'assurer de l'accessibilité ouverte à tous les jeunes qui ont le talent - et la détermination - nécessaire pour bien profiter d'études supérieures et ainsi offrir un plus grand service à la société?

Un meilleur système de bourses est évidemment essentiel. Il devrait aider une bonne partie de ceux qui méritent leurs études. Mais il ne règle pas tout

La "révolution culturelle" du ministre Raymond Bachand devrait servir à une réflexion plus large qui dépassera la présentation de son prochain budget. Cette table doit réunir d'autres participants que des profs et des étudiants.

Car il y a aussi une nouvelle éducation "sociale" à faire auprès de cette population plus habituée à recevoir qu'à donner.

On sait que la culture anglo-saxonne permet à des universités du Canada anglais de recevoir chaque année plusieurs millions de dollars de leurs anciens soucieux de remercier la société et leur alma mater. Chez nous, on a toujours répété que les Québécois n'avaient pas assez d'argent pour agir de la même façon. Ce n'est plus vrai.

Ce qui est vrai, c'est que les Québécois "riches", surtout nouvellement riches, n'ont pas trouvé la motivation de remettre à la société une partie de ce qu'ils lui doivent. Là, il faut un leadership. Qui le prendra?

L'auteur a été président-éditeur de La Voix de l'Est en 1988-89

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