Des prétentions plutôt farfelues

Valère Audy
La Voix de l'Est

Comment peut-on en toute logique penser, ne serait-ce qu'un seul instant, à qualifier de déraisonnable un verdict de culpabilité pour le meurtre sordide d'une femme battue et noyée en plus? À affirmer, comme pédophile, que ce sont des enfants de 2 à 10 ans qui l'ont piégé et qui sont donc responsables des abus qu'il a commis? À alléguer que c'est la voiture qui est à blâmer dans le cas d'un accident mortel où le conducteur roulait à 174 kilomètres à l'heure?

Non, mais qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre comme arguments et prétentions de la part des accusés ou de leurs avocats! La gêne n'existe plus... et l'audace n'a plus de limites quand il s'agit d'essayer de se disculper ou de nier la gravité réelle des fautes commises pour échapper aux châtiments mérités. Mais c'est trop farfelu comme allégations pour endormir ou impressionner les juges.

 

Ces affaires, au cas où certains les auraient ratées, ne sont pas, comme on en voit trop souvent, des aberrations observées à Montréal. Elles sont tirées de l'actualité judiciaire de notre région. Le meurtrier, c'est Scott Chase de Waterloo. Le pédophile, c'est André-Louis Lemaire qui résidait au Tropicana au moment de ses abus. Le conducteur fautif, lequel a été trouvé coupable de conduite dangereuse mais dont la sentence reste à venir, c'est Alexandre Fournier de Dunham.

Certes, est-il plutôt rare qu'on entende de telles prétentions. Mais elles sont trop grosses et grossières à la fois pour les laisser passer. Tellement qu'on a du mal admettre que des avocats puissent les relayer ou laisser leurs clients s'exprimer ainsi. Et si personne ne se lève pour affirmer que ça n'a pas d'allure, on en verra probablement de plus en plus.

On peut comprendre que Scott Chase n'apprécie pas le verdict de meurtre prémédité rendu et, surtout, sa condamnation à la prison à vie. Ce qui l'incite à contester les instructions du juge et sa façon de mener le procès. La preuve est toutefois à ce point accablante et le meurtre si sordide que l'auteur ne peut échapper à un lourd châtiment. Rien ne peut excuser le crime commis. Ni la jalousie, ni l'intoxication le cas échéant.

Dans le cas du pédophile, l'argument de la provocation est risible. Les enfants de 2 à 10 ans n'ont pas la maturité requise pour piéger sciemment et ils ne connaissent pas les dangers qui les guettent. Alors, à la personne en situation d'autorité de s'en méfier, de ne pas en abuser. Comme facteurs atténuants, les abus dont l'auteur a lui-même été victime et les autres faits retenus par la juge valent plus que celui de la provocation. Compte tenu de la gravité des gestes posés et du temps qui lui reste à faire, la sentence n'est pas vraiment sévère. Les mères des victimes en sont du reste déçues.

Quant au jeune automobiliste en attente de sa sentence, l'étourderie de jeunesse reste la meilleure explication, celle qui prévaut souvent dans le cas des accidents mortels impliquant des jeunes. Il arrive que l'alcool soit en cause, mais on parle cette fois, comme trop souvent d'ailleurs, de vitesse excessive. L'état d'un véhicule et les modifications subies peuvent avoir un effet sur la conduite. Mais un accélérateur ne s'enfonce pas de lui-même. Pour monter à 174 km/h, il faut que quelqu'un pèse sur la pédale et, à cette vitesse-là, tout dérapage ne peut-être que catastrophique. Blâmer la voiture relève donc du ridicule.

Si ces arguments restaient occasionnels, on pourrait toujours se limiter à en rire. Mais, tel que précédemment rappelé, la gêne tend à disparaître pour faire place aux prétentions les plus farfelues comme moyens de se disculper ou d'excuser ses fautes. Et ça, pour l'image et la crédibilité du système judiciaire et de ses intervenants, on s'en passerait bien.

 

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