C'est commode, c'est facile, ça fournit de la bonne copie aux différents médias, ça peut même rapporter sur le plan électoral. Ces fédéralistes de bon ton se défoulent sur toutes les tribunes en essayant de nous démontrer, nous Québécois, que nous faisons fausse route en nous obstinant, depuis 1993, à élire majoritairement des députés bloquistes pour nous représenter dans la capitale fédérale. Ainsi nos fédéralistes de toutes les couleurs s'évitent de nous offrir une alternative, une avenue, un programme, des réponses et même une amorce de solution qui feraient en sorte que le Québec puisse s'épanouir sans craindre une action déloyale ou malicieuse du "rest of Canada". Le passé étant garant de l'avenir comme dit le dicton; cette obstination des Québécois les protège plus qu'une pseudo présence dans un gouvernement quelconque. Sans remonter à la nuit des temps, une présence québécoise forte dans tous les gouvernements depuis près de trente ans ne nous a pas évité le rapatriement unilatéral de la Constitution, l'échec de Meech, l'arnaque de Charlottetown, le scandale des commandites, la loi sur la clarté, l'érosion des pouvoirs, l'empiétement des juridictions et, en bout de ligne, une centralisation excessive à la mode "canadian".Or, depuis 18 ans, imaginons les reculs, les pertes, les dégâts, les assauts de toutes sortes que nous aurions eu à subir sans une présence significative et majoritaire de députés résolument solidaires de la québécitude. Les Harper, Layton et Ignatieff ainsi que leurs haut-parleurs peuvent toujours pérorer sur la place du Québec dans un grand ensemble "canadian" mais leurs rares énoncés prennent plutôt la forme d'un miroir aux alouettes. Souvenons-nous d'un "non qui voulait dire oui" de mémorable mémoire.
Depuis la naissance du Bloc Québécois, 43 % des Québécois en moyenne, rejettent les propositions vides de tout contenus faites par les tenants d'un fédéralisme "canadian". Ces derniers ne semblent pas avoir compris ou ne veulent tout simplement pas reconnaître les mutations profondes de la Belle Province. Ne tombons pas dans le pathos de la société distincte, bonbon indigeste passé date. Tout oppose le Québec et le Canada: vaincu vs vainqueur; francophone-bilingue vs anglophone-unilingue; valeurs de gauche vs valeurs de droite; décentralisation vs centralisation des pouvoirs; sociale-démocratie vs conservatisme économique; une histoire vs deux histoires; sans oublier toutes les lois et toutes les institutions baignant dans des univers culturels et linguistiques aux antipodes.
Six ou sept millions de parlants français noyés dans une mer de plus de trois cents millions de parlants anglais ne peuvent avoir une même vision de leur avenir: c'est une évidence socio-politique. Promettre une construction renouvelée, c'est laver plus blanc que blanc et prendre des vessies pour des lanternes. Le coup nous a été fait à quelques reprises. Passons tout simplement à autre chose.
Dans ce sens, la chasse au Bloc n'a plus d'écho et ne peut que provoquer suspicion envers les commandos d'un fédéralisme d'un autre siècle qui ne peuvent constater le fossé qui s'est creusé à la hauteur de la rivière des Outaouais. Pour la très grande majorité des Québécois tant fédéralistes que souverainistes, leur gouvernement se trouve à Québec et non à Ottawa: ça date de Jean Lesage, libéral, fédéraliste et nationaliste québécois. C'est lui qui a inventé et mis de l'avant l'État du Québec.
La présence forte du Bloc Québécois nous assure un avant-gardisme protégeant la spécificité québécoise contre d'éventuels assauts du "rest of Canada". Et le seul fait que je paie encore des impôts dans le "plusss meilleur pays du monde" légitime amplement cette présence, n'en déplaise aux "redneck" de l'Ouest.
Bernard Fournelle, Granby








