Un groupe de travail en éthique issu du Collège des médecins du Québec recommande la modification au Code criminel du Canada pour rendre le suicide médicalement assisté un acte légal possible pour le médecin, moyennant certaines balises strictes. Mais est-ce souhaitable? Dans un sens, oui, car des patients le demandent, et devant l'interdit légal officiel pour les médecins de donner la mort, certains patients ont recours à un proche, ou à un tiers non compétent pour le tuer. Il y a de plus, actuellement, des zones grises pour le Collège des médecins qui est chargé d'enquêter là où un médecin, en voulant soulager la douleur, aurait en fait abrégé la vie d'un patient. Mais comment savoir si tel médecin pose ce geste clinique délibérément pour euthanasier ou pour simplement soulager? Est-ce un meurtre par compassion?
Mais attention! Prudence! Une difficulté morale se pointe: celle d'impliquer le médecin de famille du patient. Lors de son serment d'Hippocrate à l'entrée au Collège des médecins, ce médecin s'est engagé à sauver des vies, et depuis, dans sa pratique, il procède selon ce principe éthique qui le relie à ses patients, des gens connus et respectés qui ont mis en lui leur confiance. Mettre ce médecin en situation de donner la mort pour faire un suicide assisté, c'est le faire adhérer au paradigme contraire à son serment. Une tension morale très forte pourrait survenir, voire une dépression situationnelle poindre chez ce médecin.
Déjà, dans notre système de santé congestionné par des lenteurs bureaucratiques immenses, des médecins sont si déçus de ne pouvoir soigner avec diligence leurs patients qu'ils en dépriment et s'épuisent. Va-t-on leur en demander plus et les autoriser à précipiter la mort?
La Société canadienne des médecins en soins palliatifs s'oppose à la recommandation du Collège des médecins du Québec. C'est sans doute par respect fondamental de la vie qu'ils se positionnent ainsi. Ces médecins de fin de vie ont vu bien des situations où la famille tire profit de la lenteur du patient à cheminer vers la mort. Ils y voient des gestes tendres, des moments irremplaçables d'échanges profonds qui permettent de tirer profit de la présence d'un être cher avant son départ. Le deuil se fait mieux. Soit, il n'y a pas de dignité à mourir dans la douleur, mais les médecins en soins palliatifs le savent et ils peuvent agir face à cette embûche.
En fait, est-ce plutôt le manque de médecins disponibles pour accompagner la fin de vie, le manque de place en unités palliatives et le manque de présence humaine chère au mourant qui poussent le patient à désirer mettre fin à sa vie? Réclamer le suicide médicalement assisté serait donc une fausse bonne solution à un vrai problème mal adressé: celui de la surcharge et du manque d'efficience du système de santé.
L'enjeu du suicide médicalement assisté est inévitablement législative et donc du ressort de la politique fédérale. Mais le gouvernement fédéral lui-même, conservateur ou autre, doit se questionner du même coup à savoir s'il soutient suffisamment le système de santé pour que les patients n'en finissent point à voir que l'issue du suicide assisté comme moyen de délivrance en fin de vie.
Luce S. Bérard, Granby









