Mon cher Pascal,
Quand je pars en voyage d'affaires pour une semaine ou deux, mon épouse conserve toutes les éditions de La Voix de l'Est que je lis à mon retour, et ce dans l'ordre chronologique. Lorsque je suis arrivé à ta chronique j'ai souris à ta comparaison du Dr Philippe Adam et d'Adolf Hitler. Oui, ils se ressemblaient, c'est vrai, mais mon père a été maire d'Acton Vale avant qu'Hitler soit connu. À la différence d'Hitler je te raconte une petite histoire qui te montrera qu'il ne faut pas se fier à la petite moustache carrée.
Le 1er janvier 1931, mon père était chez son beau-père, Thomas Arcouette, alors agriculteur dans le 8e rang de Roxton Falls, presque à la limite de Saint-Valérien. Il avait fait installer un téléphone chez son beau-père qu'il visitait tout les dimanches, et ce afin de bien servir ses patients. Or en ce premier de l'an vers 14h, l'opératrice du téléphone qui était à son bureau dans sa maison à Acton Vale appelle mon père parce qu'une dame du 7e rang de Saint-Théodore-d'Acton va accoucher et elle veut que mon père soit présent. Or celui-ci avait passé 24heures dans une maison de Sainte-Jeanne-d'Arc (aujourd'hui Lefebvre) la veille du jour de l'An, pour un accouchement difficile.
Très fatigué, il demande à mon oncle Léonard Arcouette, alors âgé de 14 ans, de l'accompagner à Saint-Théodore pour conduire la carriole pendant que lui essaierait de se reposer. Chemin faisant, il demande à mon oncle Léonard si il croit que le cultivateur va le payer pour cet accouchement car ce sera son troisième enfant et il n'avait pas encore payé pour les deux premiers. On m'a toujours dit que mon père avait été un homme extraordinaire, mais lorsque mon oncle m'a raconté cette anecdote, j'ai compris toutes les histoires presque irréelles racontées au sujet de mon père. Dans sa trousse de médecin, il y avait toujours du «détol», des sangsues vivantes et de la gomme de sapin liquide. Oui, les temps ont changé.
En 1944, on est déménagé à Granby à cause de sa santé et il voulait pratiquer à l'hôpital où, croyait-il, ce serait moins fatigant. De 1944 à 1954, il mit au monde 3350 enfants. En juillet 1954, à la suite d'un infarctus, il prit sa retraite avec 175 000$ de crédit au livre. Il demande alors à un avocat de recueillir ce montant. Lorsqu'il constata que l'avocat menaçait ses débiteurs, il ordonna de cesser la perception. On lui devait encore 163 000$ qu'il laissa tomber. L'argent n'est pas tout dans la vie qu'il m'a dit.
J'avais 12 ans à l'époque et ma mère, mon père, mes cinq soeurs sommes déménagés à Montréal pour que nous soyons plus près des universités. On a vécu jusqu'à sa mort en 1963 avec 4000$ par année provenant de chambres loués par des étrangers que ma mère logeait et nourrissait. Paralysé les neuf dernières années de sa vie, je ne l'ai jamais entendu une seule fois se plaindre. Beaucoup de gens aimeraient avoir un médecin de famille comme mon père l'a été.
Bernard Adam
Bromont









