À la «canadian»

La Voix de l'Est

La République islamique d'Iran s'appuie sur un guide suprême. L'ayatollah Khamenei oriente la vie du gouvernement et des citoyens de ce pays. Il applique les préceptes du Coran et les mollahs assurent le respect des règles décrétées. En 1979, le régime corrompu du Shah a été renversé par l'ayatollah Khomeini.

Depuis, les mots ayatollah et mollah sont apparus dans notre vocabulaire. Ils ont pris une connotation négative: nous y accolons des notions de fanatisme, d'intransigeance, de sectarisme et de rétrogradation. Ils décrivent une personne ayant une idée bien arrêtée, qui ne veut pas déroger de son idéologie et où les nuances sont inexistantes.

 

Si nous arrêtons de regarder dans la cour des voisins, nous pouvons constater qu'il existe dans notre grand pays, un premier ministre qui s'imagine être un guide suprême, qui se prend pour un ayatollah et qui tente de nous imposer sa vision pointue de ce que devrait être la société canadienne, ce qui est bon ou mal de penser, de faire, de produire.

Il décrète le lock-out du Parlement, il renie des ententes internationales, il sabre les budgets de la culture, il impose sa vision de la sécurité et de l'ordre, il tergiverse avec la loi sur l'accès à l'information et sa dernière trouvaille, il coupe les vivres aux organismes humanitaires et d'aide internationale qui n'épousent pas les positions de son gouvernement néo-conservateur.

Mais il aime les armes à feu, les gaz bitumineux, il aime se faire voir en Haïti, aux Jeux olympiques à Vancouver et dans le Grand Nord canadien. Par contre, il n'aime pas se faire voir à Copenhague ni aux Nations unies à New York. S'il avait eu la chance de décider, il serait en Irak et resterait plus longtemps en Afghanistan. Il déchirait sa chemise lorsque les gouvernements précédents «paquetaient» le Sénat, mais il se fait plaisir en faisant la même chose. Il aime le pouvoir et pour la plupart des commentateurs, il est rusé. Ce qui à la longue le rend dangereux.

Ses ministres sont devenus ses mollahs et tentent de propager la «bien-pensance» de notre ayatollah. C'est à se demander le pourquoi et l'utilité d'un Parlement, il rêve sûrement de le voir disparaître et de ne pas être obligé d'y rendre des comptes. Il n'aime pas répondre aux questions des journalistes et des parlementaires. Il tente de nous convaincre de l'à-propos de son idéologie: si vous ne pensez pas comme lui, vous devenez un danger pour l'unité du pays et sa sécurité nationale.

Non satisfait d'avoir fait perdre toute crédibilité à la diplomatie canadienne sur la scène internationale, il est en train de saboter le système démocratique canadien.

Pour l'Iran, l'ayatollah Khamenei s'inspire du Coran. Au Canada, notre ayatollah s'inspire de la droite religieuse très chrétienne à la sauce Bush. Un pour l'autre, c'est «aussi pire».

Le conservatisme de l'actuel gouvernement «canadian» s'apparente de plus en plus à un certain intégrisme que ce même gouvernement dénonce lorsqu'il sévit ailleurs. Fanatisme pour fanatisme, intransigeance pour intransigeance, sectarisme pour sectarisme, rétrograde pour rétrogradation, la République islamique d'Iran ou le Canada, ça sera quatre 25 sous pour un dollar si nous n'y prenons garde.

Bernard Fournelle

Granby

 

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