En décembre dernier, un autre triste personnage se préparait à poser un geste terroriste, malgré les mesures techniques mises en place. Cette fois-ci, pour solutionner le problème semble-t-il, on nous annonce l'ajout de scanners corporels dans nos aéroports. Cette décision a donné cours à de multiples réactions quant au respect de la dignité des personnes et aux coûts engendrés par cette technologie. Mais de sécurité, en a-t-on parlé vraiment?
Cette réflexion m'est venue à la suite d'un incident que j'ai vécu lors d'un vol Paris-Toronto. À l'embarquement des passagers, qui sont transportés en autobus du terminal à l'avion, nous remarquons un personnage étrange: il est vêtu d'un pantalon de jogging usé avec un trou sur le genou, ses lèvres remuent continuellement sans que nous comprenions ce qu'il dit, il a les yeux injectés de sang, et en attendant le départ de l'autobus, il change de place à quelques reprises et frappe à coups de poing dans la porte avant de l'autobus qui est fermée. Bizarre, me direz-vous? Plusieurs voyageurs échangent des regards, mais personne ne réagit. Le chauffeur de l'autobus non plus.
Inquiète, au moment de l'embarquement, j'attire l'attention d'une personne qui semble s'occuper de la sécurité; je lui fais part de mes préoccupations. Mon conjoint ajoute à mes observations que le personnage louche n'a pas de bagage à main. L'employée que nous avons avisée semble faire part de notre échange au personnel de bord de l'avion. S'ensuit une série d'allées et venues du personnel vers l'endroit où cet homme se trouve dans l'avion.
Après avoir changé de place dans l'avion, il a fini par s'enfermer dans les toilettes; les demandes du personnel de bord pour qu'il regagne sa place restent sans réponse. Finalement, 45 minutes après avoir embarqué dans l'avion, des policiers sont venus escorter ce passager hors de l'avion.
Le vol a été annulé pour des raisons de sécurité. Tous les passagers ont dû récupérer leurs valises, sortir hors de la zone d'embarquement, procéder à nouveau à l'enregistrement, la fouille, etc. Nous sommes finalement repartis six heures plus tard après que l'avion ait été fouillé par l'armée, la police, les agents de bord... et les chiens renifleurs.
Selon nos informations (non confirmées), cet homme aurait acheté son billet d'avion quelques minutes avant la fermeture du vol, aurait payé son billet en argent, n'aurait pas eu de bagages enregistrés dans la soute. Bizarre trouvez-vous? Si les autorités ont jugé bon d'annuler un vol avec toutes les implications et coûts que cela occasionne, les raisons devaient être justifiées.
Se soumettre à trois vérifications de bagages, à un détecteur de métal, voire même un jour à un scanner corporel, n'aurait rien changé. L'ajout d'équipements électroniques ultra-sophistiqués a probablement pour objectif de procurer un sentiment de sécurité aux passagers beaucoup plus que de les sécuriser réellement.
Mon expérience démontre que l'observation globale du comportement, des attitudes corporelles est plus révélatrice. Mais comment justifier l'ajout de personnel qui observerait les passagers, du stationnement à l'enregistrement, à l'embarquement, etc? Ce personnel, pour bien accomplir son travail, devra être invisible. Alors que les scanners corporels, eux sont bien visibles!
Faut-il privilégier le sentiment de sécurité des passagers en ajoutant des étapes de contrôle ou faut-il plutôt identifier des moyens, peut-être moins «high-tech», de rendre sécuritaires des lieux à risques?
Il ne faut pas oublier qu'une personne ayant des intentions criminelles réussira toujours par déjouer les moyens techniques en place. Mais contrôler son regard, sa sueur, son stress... c'est impossible pour un observateur averti.
J'ai parfois l'impression que le sentiment de sécurité qu'on veut donner aux passagers prime sur leur sécurité réelle. À moins que la compagnie qui vend des scanners corporels n'ait des arguments... de prix!
Johanne Boisvert
Shefford









