Croissance ou progrès?

La Voix de l'Est

Les grands économistes et les administrations patronales prennent toujours un air dramatique lorsqu'ils parlent d'argent afin d'essayer de démontrer que la seule voie «lucide» de survie ou de croissance se trouve dans les coupures. Mais un vrai gouvernement peut-il mâcher de la gomme et marcher en même temps? Un vrai gouvernement n'a-t-il pas toujours la responsabilité de s'occuper pleinement et en même temps de tous les aspects de la société? Bien sûr, il doit s'occuper de l'économie, mais pas au détriment des véritables fondements économiques: la justice sociale, l'environnement, l'éducation, la santé, la sécurité.

Pour justifier l'option de faire de l'économie l'unique et absolue priorité, on siffle entre les dents ce commentaire: «Quand l'économie va, tout va». L'économie, selon son étymologie, signifie «gérer la maison» et généralement depuis des siècles, cette fonction est assumée par la femme. C'est elle qui gère la vie domestique en se préoccupant de la santé, de l'alimentation, de la culture et de l'éducation. Le mot «économie» dans la bouche des gouvernements, tant de M. Harper que de M. Charest, a une signification totalement contraire à cette vision. L'économie au sens néolibéral a préoccupé toutes les civilisations depuis les temps les plus reculés et tourne éternellement en rond. Durant les vaches grasses, les riches s'enrichissent; durant les vaches maigres, les pauvres s'appauvrissent.

 

La voie incontournable d'une économie prospère passe non pas par le piétinement de la culture, de la santé, de l'éducation, de l'environnement et de la justice, mais bien au contraire par des investissements accrus dans ces domaines qui touchent directement les immigrants, les femmes, les enfants et les travailleurs. On mêle souvent le mot croissance et le mot progrès. La croissance autant d'une entreprise que d'une économie nationale se fait souvent au détriment des valeurs humaines et sur le dos des personnes, tandis que le progrès est une construction bâtie sur le roc des valeurs humanistes: il respecte inconditionnellement les personnes et l'environnement. La croissance économique est sujette aux fluctuations du marché et demeure aussi imprévisible que la température, alors que le progrès humain fait des pas qui semblent petits à première vue mais qui ont des répercussions très positives à très long terme sur l'ensemble de l'humanité. Pensons à tous les progrès obtenus par les associations de travailleurs, les associations de femmes, les associations pour la protection de l'environnement. Question: qui a pleinement profité des avancées extraordinaires obtenues par leurs longs combats? Réponse: l'économie locale, nationale et internationale et par ricochet, l'ensemble de la société.

Les vrais progrès n'ont pas été réalisés par les gens assis chez eux et méprisant ceux et celles qui luttent pour changer les choses. Non, les vraies révolutions ont été réalisées par les hommes et les femmes qui sont sorties dans la rue souvent sous les quolibets d'activistes, de rêveurs et de gauchistes. Ce sont eux qui ont réussi à faire tomber les nombreux murs ultra conservateurs qui stoppent le développement humain de nos sociétés.

André Beauregard

Shefford

 

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