Mais cette urgence et le gouffre financier en découlant, il était facile de les imaginer avant même que les données de cette étude soient dévoilées. Car ça fait au-delà de 30 ans qu'on a rien investi ou presque dans l'entretien et la rénovation des universités au Québec. Le gros des investissements qu'on y a réalisés l'a été dans des acquisitions, des agrandissements ou la construction de nouveaux pavillons. Aussi, était-il inévitable qu'on se retrouve un jour devant des bâtiments qui perdent des morceaux, qui fuient et dont les équipements de base n'assurent plus les services attendus.
Les installations universitaires ne sont d'ailleurs pas les seules à souffrir de vétusté ou de mauvais entretien. Il en va de même pour nombre d'hôpitaux, d'écoles et de collèges. Jusqu'aux salles de spectacles qui, dit-on, vieillissent et requièrent un rafraîchissement. Et depuis peu, on ajoute les arénas à la liste. Comme si on n'en avait pas déjà assez sur les bras avec les nombreux ponts à réparer ou à reconstruire, les réseaux d'égout et d'aqueduc de même que les usines de filtration et d'épuration à moderniser ou à reconstruire.
Tout cela oblige à conclure que tous les gouvernements sans exception, d'Ottawa aux municipalités, en passant par les provinces, cela peu importe leur couleur, ont failli à l'un de leurs principaux devoirs, celui d'entretenir le bien collectif. Certes, n'ont-ils pas pour autant gaspillé l'argent investi et ont-ils développé des services utiles en réponse aux besoins perçus et aux demandes populaires. Mais au lieu de tout dépenser pour agrandir et enjoliver la maison populaire, ils auraient dû en garder et miser un brin sur l'entretien de la toiture et des équipements intérieurs. Ainsi, tout ne serait pas aujourd'hui à refaire et à gros prix de surcroît.
Autre solution, encore, le fédéral (dont plusieurs bâtiments se dégradent sérieusement) aurait pu s'abstenir de sa deuxième réduction de la TPS et le provincial ne pas tout miser le produit de la première en réduction d'impôts. Ainsi, nos deux gouvernements auraient aujourd'hui une partie des gros sous nécessaires pour investir dans la rénovation des bâtiments publics et des infrastructures qui requièrent d'importants travaux. Les municipalités doivent elles aussi rénover avant de baisser substantiellement leurs taxes.
Évidemment que les contribuables sont tous surtaxés, à leur avis à tout le moins, et que les gouvernements préfèrent donner que de dire non et d'appeler au bon sens parce que c'est ce qu'il y a de plus rentable électoralement. Et comme les adversaires promettent également, avec l'espoir de ravir le pouvoir à ceux qui l'occupent, on entretient alors de moins en moins le bien public pour satisfaire de plus en plus les demandeurs de n'importe quoi qui restent malgré tout insatiables. Ce qui nous mène là où nous en sommes aujourd'hui, soit devant un énorme gouffre financier au pied d'une énorme montagne de demandes.
Les gens devront forcément modérer leurs attentes et les politiciens, eux, cesser de tout promettre à l'électorat. On dira encore que l'État n'investit pas assez dans le personnel et les services et beaucoup trop dans le béton. Sauf qu'on ne peut pas laisser les ponts et les édifices s'effondrer et les toits fuir en noyant tout le monde et les archives.










