L'événement n'est évidemment pas isolé. Mme St-Pierre a elle-même ajouté la fermeture de la salle de rédaction chez TQS, les compressions à Radio-Canada et le lock-out du Journal de Montréal. "C'est tout le bouleversement qu'il y a dans le milieu de l'information qui est inquiétant parce que c'est la diversité des voix (qui est en jeu) et ce qui va se passer dans l'information locale et régionale, c'est un tsunami."
"S'adapter pour survivre", titrait en très gros La Presse. Oui, parce que l'industrie des quotidiens traverse des jours plus difficiles qu'on n'aurait jamais imaginé. Des journaux aussi importants que le Boston Globe, le San Francisco Chronicle, le New York Times et le Los Angeles Times cherchent désespérément à réduire leurs coûts de production pour éviter la fermeture. Comme, chez nous, le Globe and Mail, le Toronto Star et le National Post. Encore plus près: les patrons du Journal de Montréal ont décrété un lock-out comme ils l'ont fait à Québec. Car chez Quebecor, même si Vidéotron fait de bons profits, le secteur des journaux peine à faire des profits.
On le devine: les sources d'information se trouvent de plus en plus dans les nouveaux canaux électroniques. Tant mieux, si un plus grand public est atteint. Mais avec quelle information?
N'importe qui peut transmettre n'importe quoi sur son blogue, sur son site ou même sur une tribune téléphonique. Les rumeurs prennent des allures de vérité. Et surtout, les contenus sont à peine effleurés. Qui peut donner un portrait juste et équitable de la situation internationale, à l'heure où la mondialisation nous rapproche de tous les habitants de la planète? Qui peut faire les enquêtes et les analyses sérieuses sur les enjeux politiques qui nous concernent? Qui peut rapporter les opinions de journalistes et de commentateurs professionnels capables de réunir tous les éléments d'une réflexion utile? Qui peut fournir une information locale et régionale nécessaire à une population qui valorise la vie en communauté progressive et respectueuse de ses habitants? Bref, qui peut remplacer les médias traditionnels, les quotidiens, qui sont au service de la vie démocratique d'un pays?
Pour offrir ce service à la population, il faut des ressources humaines et techniques de haut niveau; ce n'est pas vrai qu'internet peut répondre à ces besoins. Ordinairement, plus souvent qu'autrement, internet se sert de l'apport des journaux pour diffuser son information. Enlevez-lui l'information de la presse quotidienne et internet ne saura plus informer. La presse est essentielle. Pour la diffusion la plus large possible de l'information; et pour la qualité la plus haute possible de cette information.
Tout le monde - ou presque - est d'accord pour que les gouvernements aident les industries les plus fragilisées par la crise économique, comme l'automobile ou le papier.
Il ne faudrait pas qu'ils croient que la presse quotidienne, qui parfois les pousse dans leurs retranchements, n'est pas essentielle à leur mission. Ils profitent, jusqu'à maintenant, d'un réseau de diffusion gratuit (sauf pour Radio-Canada) capable de rendre justice à leur administration. Sans ce réseau, la démocratie, qui veut convier la population à une participation au pouvoir, ne pourra survivre. On le voit très éloquemment dans les régimes totalitaires.
Il y a des façons d'aider les entreprises de presse; il faudra les mettre en oeuvre. Les gouvernements devront eux-mêmes répondre à leurs besoins, peut-être par une nouvelle réglementation concernant internet et ses nouvelles tentacules. Au nom de toutes les valeurs qui nous sont chères et qui sont liées à la démocratie qu'ils disent défendre et représenter.









