Où s'en va-t-il, le Canada?

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Jean-Guy Dubuc
La Voix de l'Est

Quand on parle de fédéralisme, chez nous, c'est ordinairement en relation avec son opposant naturel, le souverainisme. Ce dernier, on le connaît assez bien de nom et d'esprit: il a tellement de chantres du monde des variétés et des médias que personne ne peut y échapper. Mais de son contenu, on en sait beaucoup moins, tellement les hypothèses de séparation et de "vie après la mort" sont nombreuses et variées. Malgré tout, "l'Idée indépendantiste" court les rues et satisfait plusieurs esprits.

"L'Idée fédérale", vous connaissez? En soi, ce devrait être un projet de vie ensemble, sans penser chaque jour au divorce. Mais depuis quelques jours, c'est autre chose en plus: l'Idée fédérale est aussi un réseau québécois de réflexion sur le fédéralisme, composé d'une cinquantaine de personnes, capables et désireuses de réfléchir sur un système gouvernemental fédéral. Il est à peu près temps, direz-vous, et vous aurez mille fois raison.

Pour plusieurs, le fédéralisme est un concept gouvernemental conçu par et pour les gens d'affaires. Leur vie se passe en dehors des frontières québécoises, leur langue d'échanges est souvent l'anglais, leurs pages de journaux sont celles de la Bourse et leurs intérêts sont internationaux. Ils n'ont pas la réputation d'être nationalistes, évidemment. Ils laissent aux intellectuels, artistes ou penseurs de tous les niveaux, le soin de jouer avec les images poétiques qui ne se mettent pas en chiffres. Description sommaire qui peut souvent refléter l'image sommaire de ceux qui ne se connaissent pas.

Pourtant, il faut bien avouer que si le régime est celui que pratiquent plusieurs pays du monde, avec des parties diverses, on n'en sait souvent chez nous que les conflits qu'il engendre entre le tout et ses parties. Si, selon un récent sondage CROP, les Québécois trouvent en majorité (67 %) que le fédéralisme leur permet de profiter d'avantages liés aux deux paliers de gouvernement, ils ont plusieurs reproches à faire au système qui est présentement le leur.

Ils peuvent avoir raison. D'une part, parce qu'aucun système n'est parfait, et encore moins ceux qui le dirigent. Et, d'autre part, parce que les fédéralistes se préoccupent très peu de défendre ce système qu'ils semblent ne pas bien connaître eux-mêmes. Donc, évidemment, les citoyens n'ont qu'une vague idée des avantages et des limites du fédéralisme. Si l'idée que l'on a du régime parlementaire est celle que nous rapporte la télévision de la période de questions, avec des cris, des insultes, du vacarme de petite école, eh bien, on est difficilement porté à croire que ces gens-là réfléchissent sérieusement au bien du pays, au partage du pouvoir et des intérêts du peuple.

Tous les intellectuels, les purs, les nationalistes, les "vrais" Québécois seraient-ils indépendantistes? Les projets de société doivent-ils toujours être partisans? Les autres pays "fédéraux" ont-ils des relations de haine comme les nôtres? Est-ce le sort de tous les pays de se trouver le colonisé d'un autre?

Les intellectuels fédéralistes, car il doit bien y en avoir, sont responsables de l'ignorance des Canadiens, Québécois, Albertains ou autres, concernant la structure de leur pays. Et, encore plus, concernant un projet commun engendré par une volonté éclairée. Les Canadiens sont laissés à eux-mêmes, avec leurs préjugés sérieusement entretenus. Combien de fermiers de Saskatchewan ou de commerçants de Colombie-Britannique savent l'histoire du Canada, du Canada français, de l'évolution du Québec? Combien de Québécois ont une idée avec un peu de connaissance de l'Ontario ou de la Nouvelle-Écosse?

De l'ignorance naît l'intolérance. On en a de beaux exemples chez nous. Conséquemment, l'Idée fédérale, qui vient de se mettre en marche, peut rendre service à tout le pays, Québécois ou autres, aussi ignorants les uns que les autres d'un système politique qui mérite d'être connu pour être utile... ou rejeté.

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