Porte ouverte à l'ambiguïté

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Valère Audy
La Voix de l'Est

Si la séparation de l'Église et de l'État, la primauté du fait français et l'égalité entre les hommes et les femmes sont des valeurs fondamentales du Québec comme l'affirmait le premier Jean Charest devant la Commission Bouchard-Taylor et comme l'ont si souvent signalé sur la place publique les autres formations politiques et de nombreux organismes, pourquoi le gouvernement tarde-t-il à poser les gestes qui le confirmeraient nettement en prohibant tout accommodement non essentiel entretenant l'ambiguïté?

La Charte des droits et libertés a beau reconnaître la liberté de religion, cela ne peut aller, dans un État comme le nôtre, jusqu'à assujettir l'application des lois de l'État à la volonté des requérants de services pour des motifs religieux. Que les gens vivent et pratiquent leur religion à la maison et dans leurs temples. Dans les services et sur la place publique, qu'ils respectent les lois et coutumes du pays. Ce qui vaut pour les visiteurs et les immigrants comme pour nous lorsque nous voyageons à l'étranger.

 

Ainsi, lorsqu'une femme veut obtenir un permis de conduire de la SAAQ, qu'elle passe l'examen avec l'évaluateur disponible! Même chose pour un homme. Tant mieux pour elle ou lui s'il s'agit d'une personne de même sexe. Mais on ne saurait accepter l'exigence d'un examinateur de même sexe et la présence du conjoint à bord. Si ce n'est pas dans les habitudes pour les autres Québécois, pourquoi le serait-ce pour d'autres pour une raison de religion dans une société devenue laïque? Que répondra-t-on à un Noir qui demandera à être évalué par un Noir? Pas sûr que nous pourrions dicter nos conditions à l'étranger.

Bien sûr, avons-nous besoin de politiques favorisant l'accueil et l'intégration des immigrants, ce qui veut dire de l'information, des services, des cours de français, un soutien dans la recherche du travail, des logements salubres, des lieux d'échange, etc. Mais il faut que les immigrants, tout en ayant leurs institutions religieuses et culturelles, apprennent à vivre selon les lois et coutumes de leur terre d'adoption. Comme nous aurions à le faire si nous déménagions dans leur pays d'origine.

Là-dessus, le gouvernement du Québec n'a pas à faire de compromis de façon à ne pas ouvrir la porte à une multitude de demandes. Évidemment que certaines requêtes, plus délicates, peuvent mériter l'attention. Ainsi, quand on sait qu'une Québécoise peut se sentir mal à l'aise à l'idée de se faire examiner par un gynécologue, on peut admettre qu'une étrangère le soit encore davantage et qu'on puisse accéder à son désir si une professionnelle est présente et disponible. Pour une question d'intimité et de respect plutôt que de religion. Mais pas pour un examen pour permis de conduite automobile.

M. Charest a beau prétendre que le cas qui vient de relancer le débat en est un marginal compte tenu du nombre de demandes considérées et sa ministre responsable affirmer que le gouvernement doit fixer le cadre de l'étude des cas plutôt que de s'arrêter aux dossiers particuliers, c'est à l'État qu'il revient de fermer la porte aux abus, de colmater les brèches s'il ne veut pas que des requérants, dont des intégristes, s'appliquent à profiter de toutes les voies possibles pour vivre chez nous comme s'ils étaient chez eux, pour reproduire ici le modèle de société qu'ils ont fui. Les adversaires politiques exagèrent peut-être avec le cas éventé cette semaine, mais le gouvernement laisse de son côté couver le feu au lieu de l'éteindre.

 

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