D'abord, deux mots sur M. Garneau. Il n'existe probablement pas, dans le parti, plus fidèle, plus convaincu, plus engagé que ce candidat qui a tout ce qu'il faut pour se faire élire dans Westmount. Militant totalement à l'opposé, au plan de l'image et du verbe, de l'ancien lieutenant Denis Coderre, M. Garneau a toujours présenté le reflet du héros: premier Canadien dans l'espace, il profite encore de cette aura dont profitent tous ces aventuriers du ciel.
Certains lui reprocheront les déclarations maladroites de sa première campagne électorale, concernant l'éventuelle séparation du Québec et du Canada. C'était manifestement un manque d'instinct politique, ce qui peut nuire à son leadership de lieutenant, s'il n'est pas corrigé.
C'est justement le soutien le plus important qu'il devrait apporter à son chef. Michael Ignatieff a raté quelques occasions de faire la preuve qu'il avait acquis un peu d'instinct politique depuis qu'il a cessé d'écrire des livres et d'enseigner aux États-Unis.
Cette lacune de Michael Ignatieff est grave pour refaire l'image et la crédibilité de son parti.
Le chef de l'Opposition officielle a dû naviguer entre des eaux tumultueuses tout le printemps dernier pour éviter de nouvelles élections. Il savait qu'il n'avait pas les moyens de renverser le gouvernement; et ses partisans voulaient lui laisser le temps d'apprendre son nouveau métier d'homme politique. La population canadienne se disait: on a peut-être une chance d'avoir dorénavant des débats plus riches, où la pensée dépasserait les clichés ou les insultes.
Qu'est-il arrivé? M. Ignatieff n'a pas fait montre d'intuition politique en déclarant qu'il était prêt à renverser le gouvernement, quelques semaines avant des sondages lui indiquant qu'il perdait assez de points pour offrir sur un plateau d'argent un gouvernement majoritaire à M. Harper. Aujourd'hui, il se voit obligé de tout faire, dont appuyer ce même gouvernement dans tous ses projets, pour éviter des élections.
Il a manqué d'adresse dans l'imbroglio Cauchon-Coderre, ne semblant pas comprendre l'animosité qui existait depuis longtemps entre ces deux guerriers. Son indécision, et sa décision, ont fait mal au parti en créant la division.
L'occasion lui était fournie de regrouper les personnes et les forces lors du dernier congrès provincial qui se tenait à Québec la fin de semaine dernière. Raté: le discours «rassembleur» était rempli des banalités traditionnelles qui servent les politiciens sans envergure.
Depuis quelques semaines, une publicité du Parti libéral nous montrait un chef à l'image rassurante qui disait: «Nous méritons mieux.» Oui, mais quoi? Personne ne sait davantage ce que nous méritons.
Voilà pourtant ce que nous attendons de M. Ignatieff: un contenu de discours, un résumé de programme, une vision du Canada, un projet de son parti pour les prochaines années, tout ce qui serait normal de la part d'un intellectuel de son niveau. C'est même ce que «le monde ordinaire» attend - ou craint - depuis son arrivée comme chef.
Actuellement, le NPD peut sauver le gouvernement minoritaire Harper. À un autre moment, ce pourrait être le Bloc. Si les deux s'y refusent, les libéraux seront dans la situation qu'ils devraient craindre par-dessus tout: ou bien reconnaître qu'ils se sont trompés et que le gouvernement mérite de gouverner, ou bien le renverser et se trouver dans une élection qui risque de leur faire perdre leurs acquis. Ce qui, évidemment, serait désastreux pour le chef du parti.
Tout le monde gagnerait à entendre un programme libéral qui se distinguerait avantageusement de celui des conservateurs. Surtout les Québécois, qui ont du mal à choisir entre le Bloc qui les garde en marge et le PC qui semble les oublier.
Qu'est-ce qu'il faut? Un contenu, M. Ignatieff...
L'auteur a été président-éditeur de La Voix de l'Est en 1988-89










