Bien sûr qu'il reste à bord quatre députés prêts à se retrousser les manches pour défendre leurs idées en commençant par relancer la barque utile à cette fin. Mais la volonté ne suffit pas. Il faut disposer de moyens et de la confiance populaire. Or, cela fait défaut à l'ADQ, une formation politique qui est tombée des nues lors des dernières élections et dont les coffres sont dégarnis, qui a perdu sa locomotive (M. Dumont), qui s'est donné un nouveau chef élu de justesse par très peu de membres, qui vient de voir quelques piliers claquer la porte, qui perd aussi son président et dont le comportement du chef démissionnaire laisse sceptique.
Le départ d'Éric Caire et de l'un de ses collègues a ébranlé les autres qui ont dû se ressaisir rapidement mardi matin, les PLQ et le PQ en courtisant déjà deux. Mais le sauvetage n'est pas assuré. Car M. Taillon reste jusqu'au choix de son successeur et confie le leadership des troupes à l'Assemblée nationale à François Bonnardel, celui qui l'a appuyé dans sa campagne et soutenu jusqu'à cette nouvelle crise. Autrement dit, M. Taillon conserve la pôle et place son homme au lieu de se retirer vraiment de façon à assainir les relations à la direction ainsi qu'à la permanence et à favoriser ainsi le retour des déserteurs.
Plus encore, M. Taillon a largué une «bombe» susceptible d'affecter des membres ou de refroidir les ardeurs de ceux qui pourraient s'intéresser au leadership. Il a découvert, dans la gestion des finances du parti, des choses assez inquiétantes pour en aviser la Sûreté du Québec. De quoi s'agit-il donc? De contributions à tout le moins questionnables, sinon illégales, ou d'affaires louches impliquant des employés ou députés du parti? Comment se fait-il, puisque ça fait un bon moment qu'il a le nez dans les affaires de l'ADQ, qu'il n'a pas découvert ça avant? Là-dessus, comme pour le reste, M. Taillon n'a pas voulu répondre aux questions.
M. Bonnardel, en point de presse, n'a de son côté apporté aucun éclairage sur le même sujet. Comme s'il n'en savait rien. Les réponses du député de Shefford témoignent par ailleurs d'un froid avec son ex-collègue. Certes, le député de Shefford aura-t-il beaucoup de travail à faire au cours des prochaines semaines. À essayer de recoller les pots cassés en plus de diriger les travaux de l'ADQ à l'Assemblée nationale, lui restera-t-il assez de temps pour s'occuper correctement de Shefford? Il ne dira pas non, mais quand une personne a trop de soucis en tête, il se peut que des dossiers en souffrent. Même en supposant qu'il ne pense pas lui-même à la direction du parti...
Quant à Éric Caire, les chances de le voir retourner à l'ADQ sont quasiment nulles. Le parti a trop modifié ses orientations sous M. Taillon pour correspondre à ses vues et la façon dont l'actuel chef quitte n'ouvre de toute évidence aucunement la voie à son retour et à celui des membres qui adhèrent à sa vision de la société québécoise et des virages à lui faire prendre. Bref, le parti est profondément divisé, la barque est en train de couler. Ça prendrait un miracle et, surtout, tout un chef pour la sauver. Or, les sauveurs sont plutôt rares et, à scruter l'histoire des formations politiques québécoises et canadiennes, on n'en trouve pas beaucoup. On y observe plutôt de lentes et longues agonies.
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