En politique, qui peut-on croire?

 

Jean-Guy Dubuc
La Voix de l'Est

CRÉDIBILITÉ! La première qualité qu'on devrait exiger d'une personne «en politique». On pourrait dire: cela va de soi! Mais non. Même que c'est souvent le contraire. Et quand le doute concerne l'accès à l'information, pourtant protégé par une loi que tout le monde connaît, tout au moins au gouvernement, on comprend que les contradictions soient plus gênantes. On en a eu un beau cas cette semaine.

Dimanche soir, on apprenait que le bureau du ministre Christian Paradis avait empêché la divulgation d'un document que lui avait demandé La Presse canadienne le 27 juin dernier. Après que le bureau du ministre a accepté de publier le rapport, on ne remit à l'agence de presse qu'une version «censurée» écourtée de 30 pages . «Erreur de jugement d'un fonctionnaire, dit le ministre. Ça ne se reproduira plus, sous peine de congédiement.»

 

Autre version: «Économie des frais de photocopie (27,40$), dit la directrice des communications du ministre. Une grosse section du rapport était inutile à notre avis...» Là, des fonctionnaires ont décidé de ce qui était pertinent et de ce qui ne l'était pas. On a choisi de rendre public «une version plus courte».

Oui, mais... La commissaire à l'information, Suzanne Legault, n'a pas mordu à l'hameçon: elle a décidé qu'il fallait faire enquête au bureau du ministre Paradis: «Ce sont des allégations très sérieuses. C'est ce qui nous a amenés à lancer cette enquête.»

Donc, à Ottawa, il faut une enquête de la commissaire à l'information pour savoir qui dit la vérité. Le malheur, c'est que sous la gouverne de Stephen Harper, les exemples se répètent, même s'il avait promis une ère de transparence durant sa campagne électorale.

C'est une première faute, celle des promesses électorales. On s'engage, on fait rêver, on promet beaucoup plus que ce qu'on pourra livrer. L'information est sciemment faussée, se disant qu'on trouvera bien des excuses, en temps et lieu, pour se justifier plus ou moins honnêtement. Depuis que la démocratie existe, les discours des politiques sont farcis d'engagements qui font souvent élire les candidats et les gouvernements. Les électeurs ne semblent pas offensés: ils en rient; et ils acceptent.

Mais il y a l'autre technique de mensonges: celle qui consiste à cacher la vérité durant un mandat. Une façon: mentir. Une autre: obligé par la loi, reporter sans cesse la «permission» de publier. Le Devoir rapporte: 300 jours pour répondre à des demandes concernant la mission afghane; le Globe and Mail: 32 mois, courriels à l'appui, pour obtenir une autre information!

Les contradictions sont fréquentes et jamais admises; les faussetés bien habillées; les rétractations inconnues; les tactiques, comme une accusation personnelle lancée au dénonciateur, sont constantes. Bref, la vérité ne fait pas partie du système. Et on comprend le malaise où se trouvent des individus scrupuleusement honnêtes au cours de certains débats parlementaires.

On peut paraître prude à vouloir fustiger ces manières répandues et, semble-t-il, innocemment acceptées par notre bonne société souvent plus partisane que franchement démocratique. Mais ouvrons-nous les yeux: cette triste façon de traiter la société a pour conséquence le mépris de ceux qui nous dirigent, le désintéressement de la politique, la transformation de la démocratie en un jeu du plus habile à tromper.

Chez nous, on apprécie le politicien qui peut s'illustrer à Tout le monde en parle, qui peut amuser l'auditoire des micros et des caméras, qui a la langue la plus agressive, bref, qui sait le mieux jouer un rôle... pas politique. Il faut dire que ce n'est pas une exclusivité québécoise ou, dans ce cas-ci, généralement canadienne. Mais pour le moment, on regarde ce qui nous intéresse le plus: notre démocratie, notre vie commune, notre état de santé politique. Or, les manquements à la crédibilité se multiplient dans nos parlements. Et on laisse faire.

Commissions d'enquêtes à répétitions? Ça devrait venir bien après.

L'auteur a été président-éditeur de La Voix de l'Est en 1988-89

 

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