En entrevue à La Voix de l'Est, hier après-midi, le joueur le plus populaire de l'histoire du tournoi a annoncé qu'il accrochera sa raquette dans quelques semaines, au plus tard dans quelques mois. À 33 ans, les priorités de celui qui sera père d'un deuxième enfant en février prochain ont changé.
«C'est devenu de plus en plus difficile de quitter ma famille et de partir à l'autre bout du monde, a expliqué Niemeyer. Ça m'arrache le coeur à chaque fois et, ce faisant, la motivation dont j'ai besoin pour obtenir de bons résultats sur le court en prend un coup. Avec un deuxième bébé qui s'en vient, je pense que ma place est rendue auprès des miens.»
À la suite de la naissance de la petite Olivia, en octobre dernier, Niemeyer a voyagé quelques fois avec la petite famille. Les résultats ont parfois été bons, parfois moins bons.
«Olivia est un bébé absolument merveilleux. Mais je suis un père poule. Quand je quitte l'hôtel en sachant qu'elle a un petit rhume, je m'inquiète. Et pour gagner au tennis, il faut être concentré à 100 %, pas à 70 %.»
Année difficile
Évidemment, il s'en trouvera pour dire que Frédéric Niemeyer est tout simplement au bout du rouleau. Jamais il ne s'est présenté à Granby avec un classement aussi modeste: actuellement 519e au monde, il est loin de sa 134e place d'il y a cinq ans. S'il a perdu plus de matches qu'il n'en a gagné cette année, il a tout de même enlevé les honneurs du Futures de Sher-brooke au mois de mars.
«Mon classement n'indique pas mon niveau de jeu, a-t-il mentionné. Si j'ai dégringolé autant, c'est d'abord et avant tout parce que je n'ai pas joué beaucoup cette année. J'ai été blessé au coude, j'ai été blessé à l'aine... et j'ai pris soin de ma fille.»
Au premier tour, demain soir, il affrontera Alexandre Kudryavtsev, huitième favori et 200e joueur mondial. On dit que le Russe a un bon service et qu'il possède une belle variété de coups.
«Il n'y aura rien de facile ici cette semaine. Heureusement, je me sens plutôt bien. J'ai un peu mal au dos (une blessure qu'il traîne depuis sa dernière participation en Coupe Davis il y a quelques semaines au Pérou), mais ce n'est pas la fin du monde.»
Et Niemeyer, on s'en doute bien, a le goût d'en donner le plus possible aux gens de Granby, qui l'ont appuyé sans réserve à chacune de ses présences en ville.
«C'est la dernière fois et j'aimerais quitter sur une bonne note. Et je compte sur eux pour me donner de l'énergie. J'ai besoin d'eux!»
Niemeyer n'a jamais triomphé à Granby. Mais il a atteint les demi-finales quatre fois, un exploit peu banal. En 2001, il a été le premier Canadien de l'histoire à accéder au carré d'as du tournoi.
À Montréal?
Frédéric Niemeyer ne sait pas avec exactitude quand il dispu-tera le dernier tournoi de sa carrière professionnelle, entamée en 1998. Ce qu'il sait, c'est qu'il n'a fait aucun plan à la suite de la Coupe Rogers, qui aura lieu du 8 au 16 août au stade Jarry.
«Peut-être que je vais essayer de faire les tournois de Bangkok et de Tokyo, à la fin septembre et au début d'octobre, a-t-il souligné. Je ne détesterais pas, parce que je ne suis pas allé si souvent en Asie. Mais c'est un gros peut-être...»
Ce qui chicote Niemeyer, c'est que Tennis Canada ne lui a pas garanti de laissez-passer pour la Coupe Rogers. Malgré toutes ses participations (et tous ses succès) en Coupe Davis et malgré qu'il ait été numéro un au Canada pendant quelques années. Vraiment, on imagine très mal le bonhomme finir sa carrière en devant passer par les qualifications pour jouer une dernière fois chez lui.
«Je n'ai aucun contrôle là-dessus. On verra, je ne sais pas ce qui va arriver.»
Tennis Canada a déjà annoncé que l'Australien Lleyton Hewitt, ex-numéro un mondial, recevra un laissezpasser. Frank Dancevic et Peter Polansky, les deux meilleurs Canadiens au classement, en recevront un aussi. Il reste donc une seule passe gratuite à accorder, un choix qui se jouera entre le jeune Bruno Agostinelli, qui a impressionné en Coupe Davis, et Niemeyer.
Mais à Granby, Niemeyer n'a pas à se battre pour obtenir quoi que ce soit. Il n'a surtout pas à se battre pour obtenir l'amour du public. Et il risque d'en recevoir encore plus qu'à l'habitude cette semaine.











