L'interruption du service de garde à l'urgence fait suite à de graves problèmes de santé affectant le Dr Gilles Dextradeur, qui, selon le président de l'Association d'orthopédie du Québec (AOQ), le Dr Jacques Desnoyers, ne reprendra fort probablement pas son poste.
Avec cette absence imprévue, l'Outaouais ne compte plus que trois orthopédistes, dont un médecin de 67 ans qui ne fait plus de garde et un autre de 60 ans qui a déjà annoncé son départ à la retraite, mais qui a accepté de rester un peu plus longtemps pour aider, a indiqué le Dr Desnoyers qui a qualifié la situation de « dangereuse ».
Il estime que la région devrait compter sur six à huit orthopédistes ? le Plan régional d'effectif médical du ministère de la Santé et des Services sociaux parle plutôt de dix ? pour subvenir aux besoins de sa population.
Les impacts de cette pénurie d'orthopédistes se font d'autant plus sentir qu'il n'y a pas d'autre service d'orthopédie dans la région, le plus proche étant à Montréal ou à Amos au nord. Alors qu'un hôpital en crise comme celui de Valleyfield ? où il n'y a aucun orthopédiste ? peut référer ses patients dans la métropole ou en faire venir un médecin pour dépanner, la distance rend de telles solutions plus difficiles à Gatineau, a expliqué le Dr Desnoyers.
Rendez-vous dans trois ans
Les données du ministère stipulent que 96 % des arthroplasties de la hanche et 100 % des arthroplasties du genou sont faites dans les délais prescrits de six mois, mais obtenir un rendez-vous pour consulter un spécialiste dans une situation non urgente peut prendre trois ans et il faut absolument être référé par un omnipraticien, a indiqué au Droit la réceptionniste du département. Selon le porte-parole du Centre de santé et de services sociaux (CSSS) de Gatineau, Sylvain Dubé, l'attente serait plutôt d'environ deux ans tout dépendant du problème de santé.
Selon le président de l'AOQ, ces longs délais s'expliquent par le fait que les orthopédistes arrêtent d'offrir des consultations quand ils savent qu'ils ne pourront opérer les patients dans les temps prescrits.
Confrontés à cette situation, plusieurs citoyens de l'Outaouais ont décidé, de leur propre chef, d'aller voir ailleurs.
Le département d'orthopédie de l'hôpital de Thetford Mines, à cinq heures de route de Gatineau, a ainsi reçu au moins 26 patients de la région du 1er avril au 13 septembre, dont 14 pour des chirurgies d'un jour et 12 pour des opérations nécessitant une hospitalisation, a indiqué la porte-parole du CSSS de la région de Thetford, Pierrette Vachon.
L'attente pour voir un spécialiste dans l'institution de la région de l'Amiante est d'un maximum d'un mois et celle pour une opération avec ou sans hospitalisation se situe entre un et trois mois, a-t-elle précisé.
Fruit de la fusion
Par ailleurs, le Dr Desnoyers a estimé que la crise actuelle en Outaouais est le fruit de la fusion des services hospitaliers dans la région pendant laquelle les médecins ont été traités comme des « pions ».
« Le département d'orthopédie ne s'est jamais relevé de la fusion », a-t-il dit, précisant que les conditions difficiles dans lesquelles doivent travailler les spécialistes dans la région rebutent plus d'un candidat et crée un cercle vicieux. « Contrairement à ailleurs en province, le bloc opératoire est là. Les gestionnaires doivent apprendre de leurs erreurs et créer un environnement stimulant pour attirer les médecins. »
Il a par ailleurs déploré une mauvaise répartition des orthopédistes au Québec et croit que certains services doivent être fusionnés pour améliorer l'efficacité dans l'ensemble de la province.











