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Québécois, à vos fromages !

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Québécois, à vos fromages !

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Le Droit

Difficile d'imaginer coup plus dur pour les fromages fins québécois que la crise dans laquelle se dépêtrent depuis des semaines nos artisans fromagers.

Attention, il s'agit ici de la «crème» de nos fromages, véritable fleuron de notre agriculture. Et, qui plus est, de cette agriculture dite «émergente» si chère à la Commission sur l'avenir de l'agriculture et de l'agro-alimentaire du Québec (CAAAQ).

 

Lui a-t-on si peu fait attention que ce secteur phare traverse aujourd'hui ses jours les plus sombres ? Il s'est dit en effet beaucoup de choses sur la réaction du MAPAQ et de son ministre dans tout ce dossier. Mais soyons parfaitement clairs : dans un domaine comme le nôtre, il n'y a pas lieu d'hésiter une seule seconde chaque fois que la santé publique court le moindre risque. Il faut intervenir et vite ! Agir autrement serait totalement irresponsable.

Cela dit, la façon dont l'intervention s'est faite, son ampleur surtout, n'est pas sans soulever une large part de questions, comme on a pu le lire et l'entendre à bien des endroits. La Protectrice du citoyen a même jugé bon d'intervenir d'office. Laissons-la alors faire son travail ; l'heure des bilans viendra bien en son temps.

Pour l'instant, nos artisans fromagers n'en vivent pas moins des heures très difficiles. Certains sont encore contraints de jeter des stocks entiers de fromages, devenus périmés parce qu'ils ne trouvent plus preneurs. Les détaillants n'en veulent pas, craignant soit de ne pas les écouler, soit de ne pas les manipuler correctement.

À restaurer

L'alerte à la listériose a beau être passée, tout un climat de confiance est à restaurer. Au fil des ans, ce créneau spécialisé s'est pourtant acquis une solide et enviable réputation, avec raison d'ailleurs. Il serait impensable de croire qu'il n'est plus fiable, comme ça, du jour au lendemain, à cause de quelques cas qui s'avéreront probablement isolés... et remédiables.

On ne peut non plus dissocier ce bris de confiance du «mode d'emploi» utilisé pour circonvenir les risques (d'une situation tout à fait inédite cependant, faut-il reconnaître). L'épisode Maple Leaf, diront en effet certains, n'a pas entraîné un retrait de toutes les viandes sur nos présentoirs d'épicerie, seulement les produits litigieux. Et la compagnie a joué la carte de la transparence.

Quoi qu'il en soit, nos artisans fromagers ont grand besoin d'aide. Il faut saluer le plan annoncé par le MAPAQ, qui devra néanmoins s'accompagner d'un suivi rigoureux pour assurer la relance du secteur. Toutes les mesures qui susciteront un retour le plus rapide possible à un niveau de consommation normal sont en effet les bienvenues.

D'ici là, ceux qui portent à bout de bras ce beau «fleuron» qui fait notre fierté doivent tenir le coup. C'est pourquoi la Fédération des producteurs de lait du Québec a décidé d'intervenir en offrant une aide d'un demi-million de dollars à 35 petites fromageries.

C'est parce qu'ils se regroupent tous ensemble sous le signe de l'action collective que les producteurs agricoles peuvent ainsi fournir un soutien financier direct et certes exceptionnel à des fromagers qui n'ont cessé d'en réclamer en vain du gouvernement. Sans cette force du nombre, ils n'auraient pas pu leur venir ainsi en aide. Ceux qui, devant la CAAAQ, décriaient l'action syndicale des agriculteurs, ceux-là devraient y repenser aujourd'hui.

Geste collectif

Rappelons-leur aussi que c'est grâce à cette même mise en marché collective que les producteurs de lait ont pu insuffler suffisamment d'oxygène dans le système, longtemps avant ladite commission, pour favoriser l'émergence de ce créneau spécialisé.

Cela dit, vigilance et grande attention s'imposent pour la suite des choses. Vigilance, avec la nécessaire mise en place de mesures de prévention appropriées pour l'avenir. Attention, pour redonner à l'art de nos fromagers et à leur commerce leurs lettres de noblesse et, surtout, de la place à leurs produits sur les présentoirs. C'est collectivement que nous y réussirons : des producteurs jusqu'aux consommateurs, en passant par les distributeurs, les détaillants et le gouvernement.

Il faudra également s'asseoir tous ensemble, le moment venu, principaux intervenants de ce secteur d'activité, pour faire le bilan de cet épisode et tirer les leçons d'une crise qu'on ne veut surtout pas voir se répéter.

D'ici là, je ne peux qu'inviter nos concitoyens à reprendre le goût de nos fromages et à les demander, sinon à les exiger, à leur comptoir d'achat préféré.

Christian Lacasse,

Président général,

Union des producteurs agricoles

 

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