Hôtel du Parlement,
1045 des Parlementaires,
Québec
Ma chère Pauline,
Même s'il nous arrive parfois de croiser le fer en politique, tu sais que je t'aime bien et que j'ai beaucoup de respect pour toi. C'est donc à titre d'amie et de collègue que je t'écris, espérant que ce petit mot reste entre nous et qu'il t'aidera à réaliser tes rêves.
Tu as vu mon annonce de la semaine dernière sur le déficit... Je sais que tu compatis. Devoir faire un tel aveu après avoir prétendu que ma sacoche était pleine, c'est humiliant.
C'était d'autant plus pénible que Jean Charest m'a envoyée seule au front. Tu as bien fait de l'accuser de se cacher derrière moi. J'ai apprécié. Tu connais la stratégie : on sacrifie les lieutenants pour sauver la peau des généraux. J'admets cependant que c'est habile : on fait passer la pilule du déficit tout de suite, pour s'assurer que l'attention des médias se portera sur le contenu du budget le mois suivant. C'est un vieux «truc», comme dirait Nicolas Sarkozy, mais ça marche tout le temps.
Cela dit, c'est un bien mauvais héritage que je te laisse. Après la tempête économique et le départ de Jean à Ottawa, ce sera ton tour de diriger le Québec. Et comme Lucien Bouchard, il te faudra sabrer dans les budgets et les salaires des fonctionnaires. Remarque que vous avez plus d'expérience que nous, en ce domaine, au PQ... Tu te rappelles quand vous avez coupé les salaires des employés de l'État de 20 % en 1983 ? Il fallait du «guts» ! Et tu rappelles comment Lucien a cassé la grève des infirmières en 1999 ! Quel homme, ce Lucien !
Je sais que c'est un peu vache de te laisser le soin de réparer les pots cassés. Mais n'est-ce pas un juste retour des choses ? Après tout, tu nous as joué le même tour aux élections de 2003. Tu te souviens de ton document secret de novembre 2002 annonçant une impasse budgétaire de 2,6 milliards $ et réclamant des hausses de tarifs ? Tu avais raison, mais Bernard Landry t'a reviré de bord et t'a forcé de maquiller les chiffres pour les élections.
Quel beau discours tu avais fait, quatre mois plus tard, juste avant le déclenchement de la campagne électorale... Je t'entends encore : «Je suis très heureuse d'annoncer aujourd'hui que, pour la sixième année consécutive, nous présentons à la population du Québec, un budget équilibré.»
Alors voilà, ma chère Pauline. J'ai tout simplement copié ta recette ! Sois gentille, donne-moi le nom de ton curé. Il sera plus compréhensif lorsque je passerai au confessionnal.
Pour le reste, je suis vraiment désolée de constater que ces nouveaux déficits et le fardeau de la dette te forceront à remettre ton référendum à plus tard. Je me console en me disant qu'au fond, ça fera peut-être ton affaire. Quel beau prétexte : l'assainissement des finances publiques avant la souveraineté, ça pogne toujours au Québec. De toute manière, ce qui compte vraiment, c'est que tu réalises ton rêve de devenir la première femme à occuper le siège du premier ministre.
Salue ton Claude pour moi, je fais la bise au mien de ta part. Il nous fera plaisir de vous recevoir tous deux en vacances au Mexique. La maison n'est pas aussi spacieuse que ton manoir de l'Île Bizard, mais attend de voir le décor, c'est tout simplement superbe.
Amitiés,
Monique Jérôme
P.-S. J'oubliais... Quand tu seras au pouvoir, fais-moi plaisir et donne les Finances à François Legault.
Après tout ce qu'il a dit sur moi, ça me fera chaud au coeur de lui voir la plotte à terre en tentant d'expliquer ses hausses d'impôt.
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