Selon un document fleuve déposé à la Chambre des communes et consulté par LeDroit, la facture des cinq dernières années totalise 15,68 millions $, dont plus de la moitié pour la seule région d'Ottawa-Gatineau. En effet, les ministères et organismes fédéraux présents dans la région la capitale nationale ont déboursé 8,38 millions $ en cinq ans pour l'achat et la distribution d'eau embouteillée dans leurs édifices.
À l'échelle du pays, Travaux publics et des Services gouvernementaux affiche une facture de plus de 3 millions $ sur cinq ans, dont les trois-quarts pour la région de la capitale fédérale. Le ministère a notamment assuré l'approvisionnement en bouteilles aux employés de l'Esplanade Laurier, entre juin 2004 et septembre 2007, alors que l'eau était impropre à la consommation.
Difficile de savoir avec précision quel usage font les ministères de l'eau embouteillée, outre la consommation des fonctionnaires. Entre les exercices 2003-2004 et 2007-2008, la note de Santé Canada atteint 1,2 million $, contre 996 000 $ pour Transports Canada, 628 000 $ pour Environnement Canada, 468 000 $ pour l'Agence des services frontaliers, 245 500 $ pour le ministère du Patrimoine, 163 000 $ pour le Conseil privé ou encore 81 000 $ pour Bibliothèque et Archives.
Pendant cette période, Infrastructure Canada a dépensé 10 000 $ pour la location de rafraîchisseurs d'eau filtrée rattachés directement au système de la Ville.
Plusieurs n'ont pas été en mesure d'offrir un portrait complet de leur consommation d'eau. Certains ont indiqué que leur système financier ne permet pas de différencier l'achat de bouteilles d'eau à usage unique. C'est le cas de Ressources humaines et Développement des compétences Canada, ou encore du ministère du Travail, qui n'ont pas participé à l'étude. D'autres, comme Parcs Canada, ont soumis une facture nulle.
Situations particulières
Au ministère de la Défense, l'achat d'eau embouteillée avec des fonds publics n'est pas autorisé quand on dispose d'eau potable sur place. Ainsi, « une quantité importante d'eau est fournie aux membres des Forces canadiennes déployés dans le cadre d'opérations internationales [...] aux endroits où il n'y a pas d'eau potable ou si celle-ci est insalubre », peut-on lire dans le rapport de la Défense nationale, qui affiche une facture liée à l'eau embouteillée de 2,63 millions $ sur cinq ans.
Le ministère des Affaires étrangères est confronté à une situation similaire. Sa facture de 363 800 $ s'applique uniquement aux missions étrangères.
Le ministère des Affaires indiennes et du Nord est aussi dans une situation particulière. Près de 95 % de la facture de 3,4 millions $ sur cinq ans est attribuable à l'achat d'eau embouteillée pour les communautés des Premières nations aux prises avec des problèmes d'approvisionnement.
Impossible de connaître le nombre de fontaines d'eau potable présentes dans les édifices fédéraux. Travaux publics a indiqué qu'une telle recherche serait « exhaustive, très coûteuse en temps et exigeante en main-d'oeuvre », puisqu'elle nécessiterait « une visite des sites pour faire un décompte manuel ».
Ces révélations découlent d'une question posée en février par le député néo-démocrate Bruce Hyer, pour laquelle le gouvernement fédéral s'est prévalu d'un délai de 45 jours pour obtenir des réponses auprès de ses ministères et organismes.
L'Institut Polaris et l'Union canadienne des employés du secteur public de la Nouvelle-Écosse ont dévoilé des chiffres similaires, cette semaine. Leur rapport, intitulé Pourquoi le gouvernement fédéral dépense des millions de dollars de taxes en bouteilles d'eau ?, s'intéresse à 131 contrats accordés par Ottawa depuis avril 2006. Selon eux, la facture de 7,3 millions $ suffirait à éponger l'achat de 2918 fontaines d'eau à l'intérieur des édifices fédéraux.
« L'eau embouteillée peut être utilisée dans des situations où l'eau potable n'est pas accessible, mais ce n'est pas un substitut à l'eau du robinet », a commenté Joe Cressy, coordonnateur de la campagne de l'Institut Polaris.












