A moins d'un revirement majeur faisant en sorte que le Bloc québécois ou le Nouveau Parti démocratique puisse conclure une alliance avec les conservateurs, les Canadiens devront retourner aux urnes dans quelques semaines.
Si le chef libéral n'a pas voulu révéler à la presse le moment exact où il a pris la décision de tenter de faire tomber le gouvernement, il a précisé qu'elle avait été mûrement réfléchie au cours de l'été.
«Nous ne sommes pas en négociation. Nous avons fait ça en juin», a-t-il déclaré pour dissiper les doutes sur la possibilité que ses troupes battent en retraite, après avoir déterré la hache de guerre.
Dans un point de presse mercredi à Sudbury, à l'issue de la réunion de son caucus, M. Ignatieff a expliqué qu'il a essayé de travailler avec les conservateurs sur un plan pour l'assurance emploi, cet été. Bien que l'exercice ne soit pas complété, il en est tellement déçu qu'il est arrivé à la conclusion que c'était inutile.
«C'est une question de confiance. On peut travailler avec un gouvernement où on voit qu'il y a une chance de trouver un accord commun, qu'on parle le même langage (...). Et on a découvert après beaucoup de réunions qu'on ne parlait pas le même langage», a-t-il noté.
La question de savoir sur quels enjeux, à son avis, devront porter d'éventuelles élections ne fait pas de doute. «La question est: qui est le mieux placé pour mener le Canada vers l'économie de demain?».
A ce chapitre, il prétend que le premier ministre Stephen Harper et son ministre des Finances, Jim Flaherty, ont prouvé leur incompétence.
«Rappelez-vous: ils nous ont soumis un budget comprenant un déficit de 32 milliards $, un gros chiffre. Six semaines plus tard, cela avait bondi à 50 milliards $», s'est-il souvenu.
Le chef libéral a promis que si les libéraux étaient portés au pouvoir, ils se débarrasseraient du déficit accumulé ces derniers mois sous le règne des conservateurs, et ce, sans augmenter les taxes et les impôts. Quant à savoir comment il s'y prendrait, le chef libéral n'a pas voulu donner de détails tout de suite.
Michael Ignatieff a annoncé mardi que les libéraux allaient tenter de défaire le gouvernement de Stephen Harper à la première occasion. Selon différents scénarios, des élections pourraient survenir aussi tôt que le 26 octobre, si un vote de confiance, vraisemblablement imposé par les conservateurs, devait survenir dès la rentrée parlementaire, le 14 septembre.
Les libéraux pourraient aussi avoir à attendre leur première journée d'opposition, prévue au début du mois d'octobre, pour déposer une motion de censure retirant leur confiance au gouvernement. A moins que les conservateurs n'obtiennent l'appui des néo-démocrates ou des bloquistes, ce qui reste somme toute assez improbable, les Canadiens iraient aux urnes le 9 ou le 16 novembre.
Mercredi, le lieutenant québécois du NPD, Thomas Mulcair, a réitéré que les troupes de Jack Layton pourraient tenter de faire «fonctionner le Parlement» si les conservateurs étaient disposés à les écouter.
«Si (M. Harper) fait le même genre de bêtises que l'année dernière, on va le mettre dehors. S'il entend raison et essaie de gouverner dans l'intérêt du public, il n'y a peut-être pas de raison de faire une quatrième élection générale en cinq ans. C'est ce qu'on verra au cours des prochaines semaines», a répété M. Mulcair, en entrevue téléphonique.
Les néo-démocrates ont déjà conclu une alliance semblable avec les libéraux à l'époque où Paul Martin était premier ministre, mais cette fois, une alliance entre le parti élu le plus à gauche de l'échiquier politique et celui le plus à droite semble être contre nature.
Le premier ministre Harper s'est d'ailleurs dit sceptique à l'idée que le NPD maintienne les conservateurs au pouvoir, puisque ce parti n'a jamais appuyé son gouvernement en quatre ans.
«Ma position est claire, si un parti a de bonnes propositions pour aider l'économie, qui seront efficaces et abordables, alors nous les prendrons en compte. Mais jusqu'à maintenant je n'ai eu aucun indice à cet effet de la part de M. Layton», a affirmé M. Harper, en point de presse en Ontario, accusant du même souffle le chef néo-démocrate de ne chercher qu'à former une coalition avec les libéraux et les bloquistes.
Mardi soir, devant son caucus, puis devant des militants lors d'un rassemblement, M. Ignatieff a donné le ton d'une campagne qui s'annonce presque inévitable en mettant l'accent sur la différence de valeurs entre libéraux et conservateurs.
Les Canadiens auront à faire «un choix entre deux partis. Entre deux ensembles de valeurs. Deux visions de notre pays», a-t-il soutenu.
Les conservateurs maintiennent pour leur part que les Canadiens en ont assez des élections et prétendent qu'une campagne électorale nuirait à la reprise économique.











