La deuxième soirée des consultations publiques sur l'étude de la firme ROCHE-NCE a été houleuse et bruyante. La vive opposition s'est traduite par le haussement de ton du conseiller municipal Jacques Legendre qui prit la parole le premier lors de la période de questions. Chaque citoyen avait droit à deux minutes au micro mais le conseiller de Rideau-Rockliffe a largement dépassé la limite de temps, au désarroi de la modératrice qui lui signifiait d'arrêter pour permettre à tout le monde de s'exprimer. «Madame, vous ne m'empêcherez pas de parler», a-t-il tonné après cinq minutes, applaudi par la foule partisane. Le conseiller s'est ensuite vu offrir du temps supplémentaire par des opposants lui ayant cédé leur droit de parole, et leurs deux minutes réglementaires.
Les résidants du secteur s'opposent au passage du pont par l'île Kettle, affirmant que la circulation augmentera dans leur quartier, entre autre celui de Manor Park. D'autres opposants s'appuient sur l'argument de la santé. Membre du groupe de travail sur les transports d'Ottawa, Roger Beauchesne est convaincu que la circulation de camions nuira à la santé des gens par les émissions de diesel à proximité. «Combien de personnes allons-nous tuer avec ce pont ? Il y a des particules émises avec le diesel qui entrent dans le sang. Il faut un pont le plus loin possible des gens et favoriser une voie de contournement des secteurs urbains», propose l'ingénieur de formation.
»Dans notre cour»
La présidente de l'Association communautaire de Manor Park, Natalie Belovic, convient des idées divergentes entre les Gatinois, qui sont généralement en accord avec ce tracé, et ses membres qui y sont farouchement opposés. «Malheureusement, ça devient une bataille provinciale. Je comprends les gens de Gatineau qui ne veulent pas faire de détour pour se rendre à Ottawa, mais c'est aussi vrai que c'est dans notre cour.»
Un autre ingénieur, aujourd'hui enseignant au département de travail social et de sciences sociales de l'Université du Québec en Outaouais, n'est pas surpris de cette opposition citoyenne. «Le tracé choisi aurait été ailleurs qu'il y aurait eu de l'opposition là aussi. Ç'aurait été exactement été la même chose», affirme Mario Gauthier.
Il croit toutefois que l'argument du diesel est «certainement» valable et que les effets sur la santé dans ce genre de projets sont encore méconnus.
Du côté gatinois, le Plan Gréber conçu dans les années 40 prévoit une traversée de la rivière des Outaouais à la hauteur de la montée Paiement pour permettre aux gens du secteur Gatineau de se rendre à Ottawa sans passer par le secteur Hull. «Très, très bon plan pour l'époque, mais l'eau a coulé sous les ponts. Il faut aujourd'hui reconnaître dans les études l'aspect de la complexité des sociétés, l'aspect humain», poursuit M. Gauthier.
Le conseiller Legendre a finalement mis fin à sa diatribe en affirmant que ce dossier était «trop sérieux pour être laissé à des technocrates». La foule lui a servi une ovation debout et une soixantaine d'autres résidants ont ensuite pris la parole pour dire et redire qu'un nouveau pont était nécessaire entre les deux rives, mais pas à l'île Kettle.
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