Il a énormément été question d'Airbus mercredi, pour la deuxième journée de la comparution de M. Mulroney devant la commission présidée par le juge Jeffrey Oliphant, même si l'affaire qui a éclaboussé l'ex-chef conservateur dans les années 1990 ne figure pas dans le mandat de cette enquête publique.
L'avocat de M. Mulroney est revenu sur cet interrogatoire, subi par son client en 1996 au sujet de l'affaire Airbus. A cette époque, sous serment, l'ex-politicien avait juré n'avoir jamais fait affaire avec M. Schreiber et n'avoir jamais touché d'argent de sa part.
Devant le juge Oliphant, il a assuré qu'il voulait dire à ce moment qu'il n'avait pas fait affaire avec M. Schreiber spécifiquement sur Airbus.
Car deux ans auparavant, il avait bel et bien accepté des milliers de dollars en argent comptant dans des enveloppes, mais pour des services qu'il aurait rendu pour un autre dossier, soit celui des blindés légers de la firme allemande Thyssen.
«Personne ne m'a posé, à aucun moment, cette question clé», s'est défendu l'ancien premier ministre.
La veille, M. Mulroney avait expliqué qu'il avait gardé secrètes ses transactions avec l'homme d'affaires germano-canadien parce que sa famille et lui portaient encore les cicatrices de cette affaire dont il est pourtant sorti blanchi. Une lettre envoyée en 1995 par la Gendarmerie royale du Canada (GRC) aux autorités suisses liait l'ex-chef conservateur à une affaire de pots-de-vin pour l'obtention, par Airbus, d'un contrat de 1,8 milliard $ d'Air Canada en 1988, alors une société d'Etat.
M. Mulroney avait poursuivi la GRC, qui avait réglé l'affaire hors cour et lui avait versé un dédommagement de 2,1 millions $.
La voix de Brian Mulroney s'est brisée au cours de son témoignage mercredi lorsqu'il a dû parler de l'impact qu'avait eu l'affaire Airbus sur lui-même et sur sa famille, dans les années 1990.
«Je suis un homme honnête, ma famille est honnête (...) et soudainement, sortant de nulle part, je suis un criminel», s'est plaint M. Mulroney.
Selon lui, l'histoire aurait pu être directement sortie du cerveau de Kafka, cet écrivain dont les personnages étaient souvent accusés ou placés dans une situation impossible sans pour autant savoir ce qu'ils avaient fait pour mériter un tel traitement.
En mi-journée, visiblement remué après avoir été interrogé une bonne demi-heure sur l'affaire par son propre avocat, Guy Pratte, la voix de M. Mulroney, au bord des larmes, a flanché.
«Nicolas n'avait que 10 ans, il ... », a articulé l'ex-chef conservateur, faisant référence au plus jeune de ses quatre enfants, avant de prendre une pause et murmurer «merci».
Le juge Jeffrey Oliphant a alors permis l'ajournement de la comparution pour la matinée, le temps que M. Mulroney se repose.
Un peu plus tard, sur le site Internet officiel de Brian Mulroney, on expliquait que l'ancien politicien avait craqué en voyant rigoler deux journalistes anglophones qui ont écrit de nombreux textes sur Airbus.
«Ils y allaient comme des enfants d'école», déclarait sur son site M. Muloney, avant de conclure que c'est «ce qui l'avait eu». Les deux reporters en question ont de leur côté affirmé ne pas avoir ri.
La stratégie
Plus tôt en matinée, M. Mulroney s'est attardé sur les détails de ses voyages dans des pays membres du conseil de sécurité des Nations unies.
Au cours de voyages en Chine, en Russie, en France et aux Etats-Unis, il aurait évoqué les véhicules blindés de la compagnie Thyssen auprès de représentants gouvernementaux, notamment auprès du président russe, Boris Eltsine, et du président français, François Mitterand.
Par cette affirmation, M. Mulroney tentait de convaincre le juge Oliphant que c'était bien pour faire de la représentation à l'étranger que M. Schreiber l'avait embauché, et non pour faire du lobby auprès d'hommes politiques canadiens.
L'ancien premier ministre prétend avoir touché 225 000 $ en argent sonnant pour faire la promotion à l'étranger de véhicules blindés légers de la société allemande Thyssen, et qu'il n'y avait là rien d'illégal.
M. Schreiber clame pour sa part qu'il s'agissait de 300 000 $ et que l'ex-chef conservateur devait en échange faire de la représentation auprès de politiciens canadiens pour l'implantation d'une usine de ces blindés en Nouvelle-Ecosse, un projet connu sous le nom de Bear Head.
L'homme d'affaires germano-canadien affirme avoir conclu cette affaire alors que M. Mulroney était encore premier ministre, ce que ce dernier nie catégoriquement.
En l'absence d'instructions claires de la part de M. Schreiber sur son mandat, la stratégie de l'ex-premier ministre devenu lobbyiste était de convaincre les cinq membres permanents du conseil de sécurité que les blindés de Thyssen seraient parfaits pour les missions de maintien de la paix dirigées par l'ONU.
Mitterand aurait trouvé le concept «génial», a affirmé M. Mulroney lors de son témoignage. Quant à Eltsine, il se serait déclaré «intéressé».
Contrairement à ce qu'a prétendu M. Schreiber lors de sa comparution il y a trois semaines, M. Mulroney a soutenu mercredi qu'il avait rendu des comptes sur l'avancement de son travail à chacune de ses rencontres avec l'homme d'affaire.
Dans une chambre d'hôtel de Montréal, lorsqu'il a reçu le deuxième paiement de 75 000 $, M. Mulroney aurait notamment raconté à M. Schreiber ses discussions avec les représentants chinois concernant les blindés.
«Il ne m'a pas paru très intéressé», s'est étonné M. Mulroney à la Commission.
«J'étais surpris, j'aurais cru qu'il serait beaucoup plus enthousiaste», a-t-il poursuivi.
M. Schreiber, qui a dû subir une opération mardi pour se faire enlever à la vésicule biliaire, n'était pas présent pour la deuxième de quatre journées de comparution de M. Mulroney.











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