A quelques heures d'un important discours devant les militants libéraux à Montréal, dans une entrevue exclusive accordée à La Presse Canadienne, le chef libéral a confié juger que le gouvernement de Jean Charest avait tous les pouvoirs et compétences nécessaires pour faire rouler le Québec dans la bonne direction.
«Le gouvernement Charest a tous les pouvoirs dont il a besoin pour faire un excellent travail pour la population québécoise, alors je ne vois pas la nécessité d'ouvrir la question de compétences et pouvoirs», a indiqué le chef libéral.
S'il s'est dit toujours ouvert à discuter de propositions concrètes de la part du Québec, il a souligné qu'il ne voyait «aucune raison de changer les règles du jeu» du fédéralisme, actuellement.
«Ca fonctionne bien», a-t-il résumé.
Selon le leader libéral, le Canada est une fédération très décentralisée, ce qu'il considère souhaitable, et il «ne voit pas la nécessité d'accroître ni le pouvoir centralisateur du fédéral, ni le pouvoir des provinces».
Les adversaires politiques de Michael Ignatieff l'accusent d'être centralisateur et tapent sur ce clou pour lui faire perdre des plumes, lui dont la cote de popularité était plutôt bonne dans les sondages, ces dernières semaines.
Le chef bloquiste Gilles Duceppe s'est d'ailleurs empressé d'attaquer M. Ignatieff sur ses déclarations à l'égard du fédéralisme.
«Ce qu'il nous dit, c'est que la Constitution de (Pierre Elliott) Trudeau convient parfaitement au Québec, qu'il n'y a pas besoin de changements, qu'il y a tout ce qu'il faut et qu'on devrait être heureux comme ça, malgré le fait que le Québec ait refusé de signer cette Constitution», a-t-il lancé.
Le chef libéral se défend pour sa part de vouloir concentrer les pouvoirs à Ottawa.
«C'est archi-faux», a rétorqué Michael Ignatieff, qui a rappelé qu'il a été le tout premier politicien fédéraliste à dire qu'il fallait reconnaître le Québec à titre de nation.
«Pour sortir de la crise, la pire solution pour le moment, c'est d'ouvrir la boîte constitutionnelle. Je crois que l'expérience mûre des Canadiens des années 1990 nous a clairement dit que le pire moyen de résoudre nos problèmes, c'est de «constitutionnaliser» nos problèmes», a-t-il expliqué.
Le chef libéral souhaite tendre la main au Québec, où son parti a gravement trébuché dans la foulée du scandale des commandites.
«Ce qu'il faut faire, c'est faire du travail pour respecter les compétences des provinces; travailler ensemble, fédéral et provincial, afin de réduire les obstacles entre les Canadiens sur le domaine économique; accroître le réseau d'infrastructures afin d'améliorer l'efficacité de l'économie. C'est ça, le travail réel d'une fédération, et je suis prêt à le faire en consultation avec la province de Québec», a-t-il avancé.
Futurs ministres québécois
Jusqu'à présent, M. Ignatieff n'a pas fait de promesses concrètes pour gagner le coeur des électeurs de la province. En entrevue jeudi, il a cependant assuré que si les libéraux accédaient au pouvoir lors des prochaines élections, il nommerait des Québécois à la tête de ministères importants touchant l'économie, contrairement au conservateur Stephen Harper, qui a presque exclusivement choisi des députés ontariens pour mettre oeuvre son plan d'action économique.
Citant les noms de Denis Coderre, actuel porte-parole à la défense, et Marc Garneau, à l'industrie, M. Ignatieff a également indiqué qu'il avait d'autres candidats en tête qu'il essayait d'attirer pour se doter d'une plus grande «force dans le domaine économique».
«Je n'exclus pas d'autre noms, mais ça, c'est pour l'avenir. Ce que je peux vous dire c'est que notre équipe économique du prochain gouvernement libéral serait plein de Québécois et de Québécoises», a-t-il assuré.










