Le Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ) a haussé le ton mercredi, demandant au vérificateur général Renaud Lachance de faire enquête sur l'attribution de contrats sans appel d'offres à la firme ABC Rive-Nord dont le ministre est copropriétaire.
«S'il y a eu avantage pour une compagnie dans laquelle un élu est impliqué, nous voulons avoir la vérité», a fait valoir la présidente du SFPQ, Lucie Martineau.
Devant les doutes soulevés par le syndicat des fonctionnaires, le ministre a de nouveau défendu son intégrité.
«J'ai posé les gestes nécessaires et tout a été déclaré il y a plusieurs années. Je l'ai fait de façon transparente et la population a été en mesure de juger que j'ai fait ce qu'il fallait pour respecter les lois du Québec», a dit M. Whissell, en point de presse, au terme de la réunion hebdomadaire du conseil des ministres à Québec.
«Je vous avoue que ce n'est pas facile pour moi et ma famille mais je n'ai rien à me reprocher», a poursuivi le député d'Argenteuil, manifestement ébranlé par la polémique.
Mais pour Mme Martineau, l'octroi de contrats gouvernementaux de 800 000 $, dont l'un de 564 000 $ pour des travaux réalisés dans la circonscription de M. Whissell aux portes de l'Outaouais, justifie pleinement la tenue d'une enquête.
«Expliquez-moi pourquoi on donne le contrat directement à cette compagnie, sans appel d'offres, alors qu'il y a des soumissionnaires dans cette région?», a-t-elle relevé.
A son avis, il y a dans cette affaire une apparence de conflit d'intérêts et d'irrégularités «flagrantes» dans l'attribution des contrats.
Dans une lettre adressée au vérificateur, la leader syndicale fait remarquer que les règles d'octroi de contrats édictées par le Conseil du trésor n'ont pas été respectées.
En vertu des règles en vigueur, tout contrat dont la valeur dépasse 100 000 $ doit faire l'objet d'un appel d'offres en bonne et due forme.
Les autorités peuvent faire exception si le contrat est attribué dans une région éloignée ou si la situation commande une action immédiate.
Or, ces deux cas d'exception ne peuvent pas être invoqués pour justifier l'octroi des contrats sans appel d'offres à l'entreprise de M. Whissell, selon Mme Martineau.
«Nous ne sommes pas dans une situation où un ponceau est tombé et nous ne sommes pas, à 75 kilomètres de Montréal, dans un secteur isolé. L'intérêt public n'est pas là. Ce qu'on voit, c'est l'intérêt de la compagnie ABC Rive-Nord dont M. Whissell possède des parts», a-t-elle lâché.
Pour l'heure, cependant, M. Whissell conserve l'appui de son patron.
Le premier ministre Jean Charest considère que son ministre du Travail n'a rien à se reprocher puisqu'il a divulgué ses intérêts d'affaires et que ceux-ci sont gérés par une fiducie sans droit de regard.
Quant à lui, le vérificateur général a indiqué qu'il prendra le temps d'évaluer la demande d'enquête du syndicat de la fonction publique.
«Je vais d'abord prendre connaissance du document, je ne l'ai même pas encore vu. On va ensuite parler aux équipes de vérification et juger si on décide ou non d'aller faire une vérification», a souligné M. Lachance.










