Des députés du gouvernement de Stephen Harper ont mis leur nom, leur signature, et parfois même le symbole du Parti conservateur sur les chèques géants utilisés par Ottawa pour inaugurer un projet d'infrastructure ou dévoiler une subvention à un groupe communautaire.
Comme ces annonces sont accompagnées de séances de photographie, on retrouve une multitude de photos de ces chèques dans les journaux locaux ou sur les sites web des députés du gouvernement.
Si par le passé, ces chèques affichaient la feuille d'érable et le nom du gouvernement du Canada, les élus conservateurs ont pris l'habitude dans la dernière année d'y mettre aussi leur nom, parfois en caractères plus gros que celui du gouvernement du Canada.
Ils y apposent aussi leur signature et, dans quelques cas, ils y ont mis le symbole de leur parti. L'opposition y voit de l'abus de pouvoir et du mensonge.
Le néo-démocrate Peter Stoffer a fait parvenir mercredi à la commissaire aux conflits d'intérêts et à l'éthique, Mary Dawson, une lettre lui demandant de se pencher sur le dossier.
Il exige que l'un des députés pointés du doigt, le conservateur Gerald Keddy, photographié en brandissant des chèques gouvernementaux sur lesquels l'emblème des conservateurs était apposé, s'excuse pour ce comportement.
En point de presse mercredi, le député libéral Marcel Proulx a pour sa part fait remarquer que les fonds pour ces chèques proviennent des contribuables et non pas des poches des députés conservateurs ni de la caisse de leur parti.
«Nous trouvons décevant que le gouvernement conservateur (...) se serve d'annonces d'argent du gouvernement pour faire de la publicité, pour faire de la promotion du Parti conservateur de Canada», a déploré le député d'Hull-Aylmer.
Son collègue Wayne Easter croit même que le bureau du premier ministre aurait intentionnellement donné son aval à de telles publicités gratuites pour le compte des conservateurs.
«Stephen Harper pense évidemment qu'il s'agit là d'une façon d'attirer les gens vers son parti», a-t-il laissé tomber.
Le premier ministre, lui, a donné une autre version de l'histoire.
«Je pense que le député a avoué que c'était une erreur et ça ne va pas être répété», a expliqué M. Harper en conférence de presse, à Edmonton.
Mais il n'y a pas que le député de la Nouvelle-Ecosse, Gerald Keddy, qui a été photographié avec des chèques géants arborant le logo de son parti ou signé en grosses lettres de sa main.
On retrouve également sur le site Internet du député britanno-colombien Colin Mayes une photo de lui tenant une pancarte géante évoquant un chèque avec son nom, le logo conservateur et même sa propre photo.
D'autres députés conservateurs, dont Dick Harris, Scott Reid ou encore le ministre Tony Clement, se sont fait prendre en photo avec des chèques géants où était écrit leur nom à l'endroit où se trouve normalement celui de la personne à qui appartient le compte bancaire. Le chèque était parfois signé de leur main, bien que cela n'ait aucune valeur.
Pour l'attaché de presse du premier ministre, Dimitri Soudas, s'il est inadmissible que le logo conservateur se retrouve sur un chèque gouvernemental, c'est une autre paire de manches pour le nom du député de la circonscription aidée par le fédéral.
«Il ne faut pas oublier que les députés de n'importe quel parti politique jouent un rôle important à identifier les priorités de leur comté», a indiqué M. Soudas en entretien téléphonique.
«C'est le rôle des députés: ils viennent à Ottawa pour représenter les intérêts de leur comté, mais aussi pour prioriser les différents projets de leur comté», a-t-il poursuivi.
M. Soudas a par ailleurs nié les allégations des libéraux à l'effet que la directive de mettre le logo conservateur sur les chèques lors des annonces ait été formulée par le bureau du premier ministre.
Mais pour le libéral Marcel Proulx, la multiplication de ces cas prouve qu'il y a anguille sous roche.
«Si nous avions un seul exemple ou un seul député qui se prêtait à ce jeu-là, ça pourrait être de la naïveté, ça pourrait être innocent jusqu'à un certain point. Sauf qu'à partir du moment où il y a répétition (...), c'est une habitude», a-t-il tranché.









