Le gouvernement Harper accuse Steven Guilbeault d'avoir fomenté un canular

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Steven Guilbeault.      ... (Photo: André Pichette, archives La Presse)

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Steven Guilbeault.

Photo: André Pichette, archives La Presse

 

Rémi Nadeau et Bruce Cheadle
La Presse Canadienne

Le gouvernement de Stephen Harper a été placé dans l'embarras à la conférence de Copenhague, lundi, alors que des militants américains ont monté un canular laissant croire que le Canada avait radicalement changé sa position en matière de lutte aux changements climatiques.

Le bureau du premier ministre a même accusé l'environnementaliste Steven Guilbeault d'être à l'origine de ce canular, avant que le groupe Yes Men ne reconnaisse qu'il en était l'auteur.

Lundi, un faux communiqué de presse expédié à plusieurs journalistes a laissé croire momentanément que le Canada effectuait un virage à 180 degrés pour devenir un véritable champion de la lutte contre les gaz à effet de serre (GES).

Selon ce communiqué, le gouvernement Harper s'engageait à réduire les émissions de GES de 40 pour cent d'ici 2020, sous les niveaux de 1990.

En vérité, la cible du gouvernement conservateur pour la même période est bien inférieure, à seulement 3 pour cent, ce qui lui vaut actuellement un concert de critiques, tant sur la scène nationale qu'internationale.

Le communiqué renvoyait à un site Internet copiant celui du gouvernement et affichant ces fausses informations.

On pouvait y lire de fausses déclarations du ministre de l'Environnement, Jim Prentice, à l'effet que «personne ne profiterait d'un monde en péril» et que «le Canada avait choisi de montrer au reste de la planète qu'il est un leader en matière de lutte contre les changements climatiques».

Les auteurs de ce coup d'éclat ont poussé la blague plus loin, allant jusqu'à faire croire que la fausse nouvelle avait été publiée sur le site du Wall Street Journal, et en expédiant un autre communiqué de presse simulant une première réaction internationale.

«Ce jour définira notre siècle», affirmait alors une porte-parole de la délégation de l'Ouganda à Copenhague, qui «célébrait la décision du Canada».

«Le but était de semer la confusion au sein du gouvernement canadien, qui a constitué une équipe spécialement chargée de donner une image positive à sa position dans ce débat même si tout le monde sait que sa position est une farce», a déclaré à l'agence Associated Press un membre des Yes Men, Mike Bonanno.

Sur son site Internet, ce groupe new-yorkais précise que son objectif est d'orchestrer des mises en scène qui visent à «humilier publiquement de grands criminels». Il compte parmi ces précédentes victimes l'ex-président américain George W. Bush, la Chambre de commerce des Etats-Unis, l'Organisation mondiale du commerce ainsi que la multinationale Dow Chemical.

Les Yes Men prévoient tenir une conférence de presse mardi à Copenhague pour expliquer leur geste.

Le bureau du premier ministre Harper a dans un premier temps jeté de l'huile sur le feu en disant avoir été informé que le porte-parole d'Equiterre, Steven Guilbeault, était celui qui avait fomenté ce coup fumant.

Dans un courriel transmis aux médias, le porte-parole du premier ministre, Dimitri Soudas, soutient que l'auteur du canular devrait se dévouer à jouer «un rôle constructif» plutôt que de perdre son temps à ourdir des mauvaises blagues enfantines.

MM. Soudas et Guilbeault ont par la suite eu une discussion animée dans les corridors du Bella Center de Copenhague, l'environnementaliste niant avec vigueur toute implication dans l'affaire.

Selon le porte-parole d'Equiterre, M. Soudas l'avait pris à partie plus tôt dans la journée, en raison de ses critiques sur la position canadienne en matière de changement climatique.

«Je n'ai rien à voir avec ça, ce n'est pas ma façon de travailler, a dit M. Guilbeault à La Presse Canadienne. Je suis surtout sidéré que le porte-parole du premier ministre du Canada se livre ainsi à des attaques personnelles parce qu'il n'aime pas ce que je dis.»

L'organisme Equiterre a aussitôt réclamé que Dimitri Soudas formule des excuses pour avoir ainsi pointé du doigt M. Guilbeault.

Appelé à commenter, le premier ministre du Québec, Jean Charest, qui a qualifié l'affaire «d'étonnante», a clairement indiqué qu'il ne croyait pas à la thèse du porte-parole du premier ministre Harper.

«Moi, je n'imagine pas Steven Guilbeault faire ça. Je le connais un peu, il a toujours travaillé honnêtement avec nous», a-t-il affirmé, prenant la défense de l'environnementaliste.

Lors de son point de presse quotidien en marge des négociations menées à Copenhague, le ministre Prentice a pour sa part évité d'en remettre.

«Il y a certaines choses indésirables qui surviennent en périphérie des négociations, et ça inclut la publication de faux communiqués de presse», s'est limité à dire celui à qui on a attribué de fausses déclarations.

Le ministre a indiqué qu'il préférait se concentrer sur les discussions en cours afin d'arriver à une entente de principe sur la réduction des émissions de GES pour la période 2012-2020.

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