Le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, a affirmé mercredi qu'Ottawa n'entendait pas entreprendre de changement de cap dans le dossier du Torontois emprisonné depuis près de huit ans à Guantanamo, à Cuba.
«Pour ce qui est de M. Khadr, notre position n'a pas changé», a-t-il souligné en conférence de presse.
«Nous, comme gouvernement, on va suivre la démarche américaine toujours en s'assurant bien sûr que M. Khadr a accès à des services qui sont tout à fait normaux (comme les) services consulaires qui sont mis de l'avant par le gouvernement canadien», a-t-il soutenu.
Le ministre Cannon a confirmé en ce sens les informations qui avaient émané plus tôt dans la journée du bureau du premier ministre. Le porte-parole de Stephen Harper, Dimitri Soudas, avait alors expliqué qu'il n'y avait «pas de changement dans la politique canadienne là-dessus».
La semaine dernière, la Cour suprême du Canada a conclu que les droits d'Omar Khadr avaient été violés et qu'ils continuaient de l'être.
Il a été démontré que le jeune Canadien avait été soumis à de mauvais traitements, dont la privation de sommeil s'échelonnant sur trois semaines, qu'il n'avait pas eu accès à un avocat et que les autorités canadiennes qui l'ont interrogé en 2003 et 2004 étaient parfaitement au courant de ces faits.
Les magistrats du plus haut tribunal du pays se sont toutefois abstenus d'ordonner au gouvernement fédéral de déposer une requête de rapatriement auprès des autorités américaines, préférant laisser au gouvernement le choix des actions à entreprendre pour corriger la situation.
Le ministre de la Justice Rob Nicholson avait alors commenté par communiqué en notant que «le gouvernement étudiera avec soin la décision de la Cour suprême et quelles mesures additionnelles il prendra».
Autres options?
En point de presse, le ministre Cannon a soutenu que le ministre de la Justice, Rob Nicholson, étudiait toujours ses options à cet égard.
«Pour ce qui est des autres éléments par rapport à la décision qui a été rendue par les tribunaux, par la Cour suprême, le ministre de la Justice est en train d'analyser ça», a soutenu M. Cannon.
«Et dès que le ministre de la Justice aura communiqué une démarche à suivre, ça va me faire plaisir de vous la faire connaître», a-t-il conclu.
M. Cannon ne s'est pas avancé toutefois sur les autres possibilités envisageables pour fournir réparation à Omar Khadr tel que demandé par la cour.
Pour l'opposition, il est grand temps que M. Nicholson clarifie enfin sa position et discute ouvertement de ce qu'il entend faire du dossier.
«Je ne comprends pas comment le gouvernement peut dire qu'on ne va tout simplement pas essayer de le rapatrier. Alors, qu'est-ce qu'il va faire?», s'est demandé le libéral Bob Rae.
«J'ai l'impression que (les conservateurs) préfèrent prétendre que la Cour suprême du Canada n'existe pas. Et ça, je ne peux l'accepter», a-t-il fait valoir.
Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, croit que le gouvernement de Stephen Harper interprète les décisions des tribunaux comme cela l'arrange.
«C'est toujours cette même attitude, ils ont pris ce qu'ils voulaient dans le jugement. Ils auraient dû lire le jugement correctement. La cour dit: on ne peut se substituer au pouvoir exécutif quant aux décisions des affaires étrangères, mais les droits ont été violés et ça demande réparation», a noté le chef bloquiste.
Quand au néo-démocrate Paul Dewar, il s'est désolé du fait que l'information soit d'abord sortie de la bouche de M. Soudas, qui n'est pas élu, et a soutenu que le gouvernement devrait appeler immédiatement l'administration de Barack Obama pour demander le rapatriement du détenu.
Omar Khadr a été capturé en Afghanistan à l'âge de 15 ans. Il est accusé d'avoir lancé une grenade ayant coûté la vie à un soldat américain.
La position du gouvernement de Stephen Harper a toujours été de rappeler que le Torontois faisait face à des accusations graves et qu'il revenait aux Américains de décider de son sort.










