L'auteur canadien a maintenant envoyé 75 lettres et 75 livres au premier ministre

Yann Martel continue de talonner Harper

Yann Martel... (Photo: archives La Presse)

Agrandir

Yann Martel

Photo: archives La Presse

Louis Lafortune
Le Droit

Soixante-quinze lettres et 75 bouquins plus tard, l'auteur Yann Martel maintient le rythme et continue de talonner le premier ministre du Canada, Stephen Harper.

Entamée en avril 2007, sa mission se poursuit : envoyer des lettres les lundis, toutes les deux semaines, à M. Harper avec des suggestions de lecture, ainsi que des livres à lire.

Pourquoi est-il important que nos élus lisent ? Pour se glisser dans la peau d'un autre, pour élargir ses horizons et pour mieux comprendre le monde, répond l'auteur de L'Histoire de Pi, oeuvre qui lui a valu le prestigieux prix Booker en 2002.

« Je ne comprends pas comment un élu peut avoir une vision pour un pays sans avoir exploré la vie des autres. On peut le faire de plusieurs façons : en voyageant, mais aussi en lisant. »

C'est avec la lecture, dit-il, que l'on « vit une vie plus grande que la sienne ».

« Par exemple, un des livres que j'ai envoyé à Monsieur Harper est The Bluest Eye, de Toni Morrison, qui raconte l'histoire d'une fille de 12 ans pauvre, noire, dans l'Ohio des années 1940. Une vie on ne peut plus éloignée de celle de Monsieur Harper. Ce n'est pas grave, parce que quand on lit ce livre, on est dans la peau de cette fillette. On vit sa pauvreté et son racisme. »

À ce jour, Yann Martel a reçu cinq lettres du bureau de Stephen Harper, des accusés de réception de cinq personnes différentes. Des remerciements, mais aucune réaction personnelle du premier ministre lui-même.

Le Livre des records

M. Martel reconnaît que l'épouse du premier ministre, Lauren Harper, est plus intéressée par les arts.

« C'est bien beau, mais ce n'est pas elle qui est premier ministre », dit-il, soulignant le parallèle avec George W. Bush, l'ex-président des États-Unis, peu intéressé par les arts, alors que sa femme, Laura, l'est beaucoup plus.

La seule indication de ce que lit Stephen Harper, rappelle Yann Martel, c'est lors de la dernière campagne électorale fédérale.

« On avait demandé à tous les chefs de parti quel était leur livre préféré. Et la réponse de M. Harper était le Livre des records. Ce qui est vraiment navrant. C'est vraiment juvénile comme réponse. C'était peut-être une blague de sa part. Mais c'est une drôle de blague à faire. »

Depuis que M. Martel a lancé sa campagne « Que lit Stephen Harper ? », des journalistes ont saisi la balle au bond et ont demandé au bureau du premier ministre ce qu'il aimait lire. « La réponse était toujours 'oui'. Mais lorsqu'on demandait ce qu'il a lu, il n'y avait jamais de réponse. Il refuse d'en parler, il refuse de dire quoi que ce soit. »

Yann Martel estime que si au moins Stephen Harper le disait directement qu'il ne lit pas de romans et qu'il préfère des livres d'histoire et d'économie, ce serait au moins ça.

L'homme le plus puissant

Il trouve toutefois difficile à accepter que la personne la plus puissante au Canada, n'ait pas lu de romans, de pièces de théâtre ou de poésie.

« Ce n'est pas à moi à dire comment doivent vivre monsieur et madame Tout-le-monde. Mais qu'un premier ministre, le membre suprême d'une élite, ne lise jamais le mot imaginaire, ça me trouble. Lire que de l'histoire et de l'économie, ça n'ouvre pas nécessairement autant l'esprit. Ce serait une réponse honnête. Mais son silence, je crois, trahit une espèce de gêne. »

Lorsqu'une personne a autant de pouvoir sur les autres, l'imaginaire importe, selon Yann Martel. Les gens qui n'ont pas lu peuvent parfois se rabattre sur des idéologies simples et rigides.

publicité

publicité

la liste:246:liste;la boite:267:box

Aujourd'hui sur Lapresse.ca

Précédent

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

Les plus populaires sur Auto

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

image title
Fermer