Budget fédéral: le véritable travail des coupes reste encore à venir

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Jim Flaherty

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Fannie Olivier
La Presse Canadienne

Dans un budget d'une austérité à laquelle les Canadiens n'étaient plus habitués, le gouvernement conservateur promet de mettre la hache dans les dépenses de l'appareil gouvernemental pour s'approcher de l'équilibre budgétaire d'ici cinq ans. Tout le travail ingrat est devant lui cependant, puisqu'il reste encore à déterminer où il faudra couper le gras.

Selon son budget déposé jeudi, le gouvernement fédéral enregistrera encore une fois un déficit vertigineux avoisinant les 50 milliards $ pour 2010-2011 - près de 20 milliards $ de plus que prévu dans le budget de l'an dernier - mais il espère réduire ce déficit à 1,8 milliard $ en 2014-2015.

Pour ce faire, les conservateurs comptent beaucoup sur la fin des programmes de stimulation économique mis en place pour faire face à la récession. Ils prévoient aussi une croissance annuelle du produit intérieur brut (PIB) de deux pour cent leur permettant de renflouer les coffres de l'Etat.

La véritable tâche est cependant à venir pour les troupes de Stephen Harper, qui devront scruter de façon exhaustive les dépenses de l'appareil gouvernemental pour identifier les endroits où des coupes seraient possibles et ainsi dégager des économies.

«Des décisions très difficiles ont été faites. La réponse à la plupart des demandes de subvention a été »non«», a signalé le ministre des Finances, Jim Flaherty, lors d'un point de presse.

Mécontents du peu de place qu'il fait aux victimes de la récession et des choix adoptés pour revenir à l'équilibre, tous les partis d'opposition aux Communes ont affirmé qu'ils n'appuyaient pas le document.

Le gouvernement minoritaire de M. Harper devrait malgré tout survivre au vote sur le budget, qui en est un de confiance, parce que les libéraux ont affirmé qu'ils ne se présenteront pas en Chambre en nombre suffisant pour le faire tomber.

«On va voter contre, mais on ne va pas déclencher une élection, parce que les Canadiens m'ont clairement dit qu'ils ne veulent pas d'élection», a expliqué le chef libéral, Michael Ignatieff.

Les néo-démocrates ont laissé entendre qu'ils pourraient avoir recours à une stratégie similaire. Seuls les bloquistes se sont montrés catégoriques dans leur intention de vote, déplorant le manque de mesures destinées au Québec.

Coupes

Pour renouer avec l'équilibre, M. Flaherty a choisi de geler tous les budgets de fonctionnement des ministères dès 2011. La Défense nationale sera toutefois épargnée et verra son budget croître à un rythme soutenu, passant d'environ 20 milliards $ cette année à 22 milliards $ en 2017-2018.

Alors qu'Haïti commence à peine à se relever du tremblement de terre, les conservateurs gèleront par ailleurs l'aide internationale dès l'an prochain, pour plafonner à cinq milliards $ en 2010-2011.

Au total, le gouvernement espère dégager 17,6 milliards $ en cinq ans en contenant les dépenses de l'Etat.

Le ministre Flaherty promet cependant de ne pas augmenter les impôts - il compte toujours aller de l'avant avec ses réductions d'impôts pour les sociétés - et de ne pas toucher aux transferts aux provinces, notamment en éducation et en santé.

«Nous procédons de la même manière que les familles canadiennes lorsqu'elles gèrent le budget du ménage. Nous dépensons ce qu'il faut pour faire face aux urgences», a affirmé M. Flaherty dans son discours.

Malgré qu'on prévoit serrer la ceinture à l'appareil gouvernemental, la charge totale des programmes devrait malgré tout croître après avoir atteint un creux de 241,4 milliards $ en 2011-2012. Trois ans plus tard, elle aura grimpé de 15 milliards $, notamment en raison de l'accroissement des dépenses en Défense.

Le gouvernement estime malgré tout qu'il sera capable de réduire le déficit parce qu'il assume que la croissance au Canada sera au rendez-vous. Comme tous les gouvernements de la planète, il est toutefois tributaire de la santé économique et financière mondiale, ainsi que des imprévus qui sont souvent légion.

«Le risque potentiel est qu'ils font une projection sur cinq ans, et avec la volatilité dans l'économie mondiale (...), quelles sont les chances que nous subissions une nouvelle crise économique?», s'est demandé Kevin Dancey, président de l'Institut canadien des comptables agréés, en entrevue à La Presse Canadienne. A son avis, il suffirait de peu pour faire dérailler ce budget, pourtant impeccable sur papier.

M. Dancey a contribué à élaborer la lutte au déficit à titre de fonctionnaire à l'époque où le libéral Paul Martin était ministre des Finances. Il est d'avis qu'il reste encore aux conservateurs à prouver qu'ils seront en mesure d'effectuer les coupes qu'ils envisagent de faire.

«La vraie question réside dans leur habileté à exécuter le budget. Il est très difficile de l'évaluer. On ne saura pas si le budget est un succès avant de constater leur capacité à le mettre en oeuvre», a-t-il conclu.

Infrastructures

Comme ils l'avaient annoncé l'an dernier, les conservateurs terminent en 2010-2011 leur plan de relance économique avec des dépenses de stimulation économique s'élevant à 19 milliards $.

Dans les faits, cette somme inclut les frais encourus pour des réductions d'impôts aux particuliers déjà accordées et le fardeau supplémentaire incombant au régime d'assurance-emploi.

L'injection d'argent sonnant dans les infrastructures est en réalité de 7,7 milliards $. On compte par ailleurs 1,9 milliard $ pour la recherche, la commercialisation et l'appui à l'investissement privé, ainsi que 2,2 milliards $ entre autres pour l'aide aux industries en difficulté.

Si tout va comme prévu, le ratio de la dette sur le PIB devra passer de 35,4 pour l'année fiscale à venir et redescendre à 31,9 pour cent dans cinq ans.

«C'est un gros gouvernement, pour faire virer le paquebot (...) nous devons prendre des décisions difficiles», a conclu le ministre Flaherty. Et il assure que des coupes supplémentaires pourraient survenir si la réalité économique diffère de ses prévisions.

«Évidemment, nous pouvons restreindre davantage dans le futur si nécessaire», a-t-il souligné.

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