Charcuteries de phoque, terrine et rillettes, longe de phoque bardé de bacon avec une réduction de porto ; la spécialité du jour a piqué la curiosité de parlementaires provenant de tous les partis, si bien que la petite salle à manger située au 6e étage du parlement a tôt fait d'afficher complet.
Instigatrice de l'événement, la sénatrice libérale Céline Hervieux-Payette voit dans ce dîner une occasion de démontrer à la communauté internationale la solidarité du Parlement canadien envers les chasseurs de phoques. À ses côtés, la ministre des Pêches et Océans, Gail Shea, a applaudi l'utilisation légitime d'une ressource abondante, « contrairement à ce que les activistes prétendent ».
Le chef libéral Michael Ignatieff a enfilé quelques hors-d'oeuvre, avant de donner son verdict : « Difficile d'expliquer le plaisir que j'éprouve, a-t-il lancé. Ça a très bon goût ; pas de poisson, mais de viande. C'est fort, mais c'est agréable. »
Le chef de l'opposition, qui goûtait à de la viande de phoque pour la première fois, estime que l'Union européenne comprend bien mal l'industrie. « C'est une consommation symbolique pour appuyer de braves gens qui font la chasse aux phoques et qui sont critiqués parfois, dit-il. Nous sommes là, tous partis confondus, pour dire clairement que ça fait partie de nos traditions ; pas seulement de notre passé mais j'espère de notre avenir. »
Plusieurs parlementaires ont fait acte de présence, dont le chef du Bloc Québécois, Gilles Duceppe, ou encore le député néo-démocrate Peter Stoffer. Ce dernier a d'ailleurs invité les convives à essayer le « phoque stroganoff » lors de leur prochaine visite aux Îles de la Madeleine. Même Miss Terre-Neuve et Labrador, Sara Green, a enfilé sa couronne et agrippé sa fourchette pour l'occasion. Députés et sénateurs ont dit espérer que la viande de phoque soit bientôt ajoutée au menu du restaurant parlementaire, sur une base plus permanente.
L'initiative a été qualifiée de « propagande ridicule » par le sénateur libéral Mac Harb, qui entend revenir à la charge avec son projet de loi visant à interdire la chasse commerciale du phoque. « On ne rend pas service aux chasseurs juste en mangeant un peu de phoque, dit-il. Le gouvernement devrait mettre en place des mesures économiques tangibles, des programmes de transition, afin de soutenir les gens impliqués dans cette industrie. »
L'été dernier, le Parlement européen a voté massivement pour interdire sur son territoire le commerce de produits issus de la chasse commerciale du phoque. Le gouvernement fédéral conteste l'embargo devant l'Organisation mondiale du commerce (OMC). La chasse aux phoques est pratiquée par les communautés côtières des provinces maritimes et du Québec, de même que par les populations inuites et autochtones du nord du pays.
Au moment où les parlementaires se sont assis à table, une poignée de manifestants dénonçaient la chasse aux phoques devant le Parlement. La porte-parole des huit protestataires a estimé que cette activité n'était rien de plus qu'un coup de publicité.
Avec La Presse Canadienne












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